Le hussard sur le toit est une déambulation dans une provence minée par l'épidémie, où les paysages bucoliques cachent des charniers.
Le titre fait déjà programme en soi : prenant une simple anecdote du roman, il érige l'accident de parcours en principe. C'est qu'Angelo n'est jamais aussi heureux que lorsque le danger menace, et son caractère aussi bien rêveur que décidé quand l'action est nécessaire s'accorde à l'étrange rythme de ce roman.
Tant qu'on en est à parler de contradiction, jamais l'écriture de Giono n'aura semblé si proche des auteurs américains dont il s'inspire manifestement, et pourtant bien ancrée dans un terroir dont on pense saisir tout, jusqu'aux odeurs.
C'est ce qui ressort le plus clairement : une force d'évocation qui fait de ce roman pourtant rêveur, cauchemardesque, un récit furieusement incarné, porté sur l'aventure, la romance, le roman social, le conte initiatique, sans être rien de tout cela.
En somme un roman qui semble être tout, et son contraire, en un seul mouvement : c'est un pari qui peut emporter le lecteur tout comme le laisser sur la berge, à se demander ce que peut bien être cet ouvrage indéterminé.
Se laisser porter par le courant, c'est apprécier la musicalité d'une langue qui se déploie, à laquelle les détracteurs les plus acharnés ne devraient rien trouver à redire.
C'est se promener dans les paysages des environs de Gap et, soudainement, tomber sur un feu annonçant un charnier, un de plus, où l'on brûle les victimes de ce choléra qui ravage la province.
C'est assister à la comédie humaine, qui ne cesse pas, bien au contraire, quand les temps deviennent si menaçants.
C'est, enfin, rêver d'héroïsme avec Angelo, le colonel fringant, toujours prêt à admirer l'autre et à critiquer la manière dont lui se conduit, n'eût-il pas à en rougir. Un jeune aristocrate, intransigeant et aventureux, généreux pourtant, qui se donne sans compter, car ce qui compte pour lui c'est d'agir, et peu importe les conséquences : après tout, lorsque l'on est si jeune, est-ce qu'on y pense, aux conséquences?
En capturant ainsi les motivations profondes de son personnage principal, Giono nous offre une oeuvre magnifique.