Bien qu'il soit publié en tant que roman, "Le mage du Kremlin" a largement été marketé comme une histoire où tout est vrai sauf les dialogues et la vie privée de l'énigmatique Vladislav Sourkov (qui sera d'ailleurs rebaptisé Baranov). Je ne prétendrais pas m'être acquittée dés vérifications, d'autant plus que ma crainte était justement qu'il s'agisse d'un essai déguisé où le romanesque disparaît. Heureusement, il n'en est rien et Baranov est un bon personnage, construit avec les paradoxes et aspérités que l'on est en droit d'attendre. À la faveur d'une discussion amenée de façon un peu rocambolesque, le narrateur va être amené à écouter avec nous les confidences de ce conseiller de l'ombre tandis qu'il accompagne Poutine dans son ascension à la tête de la Russie.
Finalement, et bien qu'il nous embarque dans une ère bien particulière auprès de personnages identifiés, "Le mage du Kremlin" nous parle surtout du pouvoir. Comment il s'incube, comment il se conserve, comment il est accepté. Nous aurions surtout tort d'en faire un problème exotique qui serait l'apanage des russes, des chinois ou des américains. Et je crois que Giuliani da Empoli fait suffisamment en sorte de nous le rappeler tout au long de cette lecture.
Quelles que soient les raisons qui nous poussent vers elle, l'essentiel semble d'en ressortir plus alerte, moins confiant et peut-être habité de ce sentiment de nostalgie du présent qui traverse Baranov tandis qu'il regarde son enfant, ignorant encore tout des maux de l'humanité.
D'éternelles questions se jouent en marge des questions du pouvoir. Lorsqu'on ne l'a pas, quels choix avons-nous? Vaut-il mieux en connaître les arcanes ou se laisser bercer par les histoires qu'il nous raconte ? Que coûte le confort de l'ignorance ?