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Dès la scène d'exposition, on sent qu'on entre dans une expérience de lecture inédite et que ça ne va pas être de la tarte. Mais justement, il faut finir par accepter que ça soit une expérience de lecture et pas juste une lecture romanesque comme on les aime. J'ai mis longtemps à prendre mon mal en patience. D'abord au cours de ces chapitres en italique, déstabilisants et faits pour déstabiliser, qui voient une jeune fille affronter sa schizophrénie et discuter à bâtons rompus avec les créatures de son esprit enfiévré. Les dialogues sont un peu surréalistes, percutants, et dénués de la ponctuation qui aide habituellement à se situer dans une conversation. D'ailleurs, le procédé, un peu pénible au départ, s'étend à tout le roman, à vous de vous y retrouver, débrouillez-vous. C'est ce côté narration en kit qui m'a un peu exaspérée, je l'avoue, jusqu'à ce que je rende finalement les armes et parvienne à me laisser porter en m'en fichant un peu d'attacher les ficelles. Au détriment de la cohérence du récit, mais, vu le peu de cas que l'auteur fait des tenants et des aboutissants de son histoire d'avion englouti, qui ne sert finalement que de prétexte à un embrouillamini vaseux, ça n'a pas l'air d'être si crucial. Son personnage souffre d'un manque de motivation à vivre qui peut lasser, au motif qu'il a perdu sa sœur, qu'il aimait d'un amour assez peu fraternel. Ladite sœur était un petit génie des mathématiques, mais les pages qui le démontrent me sont passées elles aussi bien au-dessus de la tête. Par contre, j'ai été plus sensible à quelques belles phrases de description, notamment sur la fin, quand le héros s'est réfugié en territoire espagnol, au terme d'une errance mollassonne de peu d'intérêt. Par moment, quand il croise d'autres tocards magnifiques, avec lesquels il a des conversations aussi pleines d'esprit qu'inutiles, je me suis un peu prise au jeu de ces joutes sans queue ni tête d'êtres intelligents au bout du rouleau, détachés d'un monde qui ne les tient en aucune estime. On peut se reconnaître dans leur cynisme mâtiné de désespoir ou juste les trouver bien bavards. Pour ma part, je reste dubitative : j'ai lu des critiques dithyrambiques qui me font soupçonner un fond de snobisme. Il me faut confesser que je suis passée à côté de l'intérêt que d'autres lecteurs ont semblé trouver à ces déambulations décousues d'un héros en fin de course et que j'ai souvent eu l'impression de lire un auteur se regardant écrire, bercé par une conversation intérieure déterminée à se dérouler à son propre rythme. J'aurais préconisé des coupes et, surtout, l'introduction de chapitres vraiment narratifs, dans lesquels on en apprenne un peu plus sur le mystère du passager manquant. Tout est fait à dessein, évidemment, mais frôle parfois la vanité. Quoi qu'il en soit, chapeau bas au traducteur, qui a dû se coltiner ce texte dense et flou, truffé de néologismes et de références. Et une remarque au relecteur, qui devrait reprendre les participes passés de la page 448 de l'édition Points, mais ça reste anecdotique, dans ce récit à conseiller à ceux qui aiment se perdre dans les romans qu'ils lisent.
Créée
le 6 mars 2025
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