Ce roman s’étend sur une période allant de la fin de la Seconde Guerre Mondiale à 2006, période où se sont jouées les existences de plusieurs générations, dont celle comprenant Annie Ernaux et ses contemporains. L’Histoire nationale et mondiale n’y est pas racontée de façon encyclopédique et froide, mais est au contraire éclairée et éclatée par le regard de l’auteur, qui nous partage sa vie intime au fil des pages.
La réminiscence d’événements, aussi bien planétaires que privés, infuse une certaine nostalgie aux lecteurs qui ont vécu dans le même pays et le même siècle qu’Annie Ernaux, et qui ont partagé sa surprise, son euphorie ou encore sa lassitude face aux cours que prenait l’Histoire. Les actions et le parler quotidiens sont en effet retranscrits dans leur authenticité la plus pure. À cela s’ajoute le point de vue brut de l’écrivaine sur la société et la vie des institutions, qu’elle n’hésite pas à donner même si celui-ci froisse ses lecteurs.
Annie Ernaux explique avoir écrit ce livre pour laisser une trace par crainte d’être un jour oubliée. Même si nous pouvons lui reprocher cette justification quelque peu éculée – qui souhaite voir les traces de son existence totalement effacées après sa mort ? – nous devrions également la remercier, car en inscrivant une partie de sa vie sur le papier, ce sont des pans entiers de la vie de millions de Français qui sont d’un coup conservés.