J’hésite : le livre de George Perec « Les Choses » est-il daté ? Ainsi nous parle t-il d’un jeune couple un peu informe, de ses comportements et motivations qui correspondent à une époque révolue – les années 60 - (et donc qui ne nous concerne plus).
Ou alors, George Perec fait-il preuve de clairvoyance si l’on considère que cet ennuyeux petit couple, dans son désir de possession et de consommation, n’est pas si éloigné de certain[e]s de nos contemporains, ivres de produits nouveaux et de reconnaissance sociale (Followers mes amours !) ? J’hésite…
Mais, après tout, des années 60 à nos jours, il ne s'agit que d’une évolution (adaptation) comportementale dans un système qui, lui, est toujours le même, le capitalisme, la société de consommation (Jean Baudrillard), la société du spectacle (Guy Debord).
L’affreux petit couple de Georges Perec est obsédé par les choses, et aussi par l’argent : « Trop souvent, ils n’aimaient de ce qu’ils appelaient le luxe, que l’argent qu’il y avait derrière. Ils succombaient aux signes de la richesse : ils aimaient la richesse avant d’aimer la vie. »
Conformistes, cadres moyens avec les petites consolations (alcool et sorties) mais toujours frustrés car toujours en retard de quelque(s) chose(s) (Pierre Bourdieu) : « Il se trouvait pourtant que ces exaltantes promesses se font toujours fâcheusement attendre. »
Le mal(heur) de ce désolant petit couple c’est qu’ils vivent en automates, à peine vivants émotionnellement et mentalement (la guerre d’Algérie ne les touche guère). C’est en ce sens que Perec rejoint notre époque et, par la même occasion, s’aligne sur le sociologue allemand Erich From qui écrivait : « Derrière un visage de satisfaction et d’optimisme, l’homme moderne est profondément malheureux ; il est en fait au bord du désespoir. » (La peur de la liberté)
Chez ce petit couple déplaisant de Georges Perec, nous retrouvons nos contemporains et cet ennui profond face à la promesse de bien-être qu’offre la société capitaliste, seul horizon dans un monde vide de sens*. Ce qui nous rend prêts à toutes les aventures possibles pourvu qu’elles nous animent…
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* Voir Philosophie Magazine n°200, article d'Anne -Sophie Moreau