Voici un excellent recueil de nouvelles qu'on peut citer comme une référence en matière de hard science-fiction.
Il s'agit d'une série de nouvelles de Charles Sheffield, qui remercie Jerry Pournelle de lui avoir demandé « une bonne histoire de trou noir », donnant ainsi naissance au physicien McAndrew et à Jeanie Roker, sa compagne d'aventures et narratrice des cinq chroniques.
A partir de la deuxième nouvelle, l'action se déroule dans le halo cométaire du système solaire (il s'agit du nuage d'Oort, dont la partie interne, le nuage de Hills, constitue un réservoir de comète), rendu atteignable par une technologie spatiale révolutionnaire, utilisant l'énergie obtenue d'une catégorie de trous noirs. Charles Sheffield s'attaque au problème du voyage spatial à des vitesses relativistes en respectant la vitesse de la lumière. Il se heurte alors au problème de l'accélération du vaisseau qui doit rester supportable pour un être humain. Sa solution est ingénieuse et remarquablement simple...
Charles Sheffield et Arthur C. Clarke ont été les premiers, dans leurs romans respectifs (La toile entre les mondes et Les fontaines du paradis, tous deux publiés en 1979), à mettre en scène une technologie d'ascenseur spatial en science-fiction. On retrouve le même esprit de pionnier, de visionnaire et de vulgarisateur de la science la plus avancée de son temps dans Les chroniques de Mc Andrew.
L'appendice, un peu plus ardu que les nouvelles (qui sont très accessibles), est justement excellent dans son rôle de vulgarisation et d'histoire des sciences, ainsi que dans le souci de l'auteur de marquer cette frontière entre ce qui relève de la science et ce qui relève de la fiction dans ses histoires.
A l'époque où Charles Sheffield a écrit cette série de nouvelles, ce qui se trouve au delà des orbites de Neptune et de Pluton était encore mal connu mais faisait l'objet d'études. Le modèle du nuage d'Oort était justement en train d'être actualisé mais les grandes découvertes, notamment concernant les objets de la ceinture de Kuiper, n'ont été réalisées qu'à partir des années 90. On apprend que Charles Sheffield ne croyait pas vraiment à l'existence d'une dixième planète (Pluton était encore considérée comme la neuvième), que nous recherchons d'ailleurs toujours en 2025, mais il écrit : « Je suis prêt à parier gros qu’une nouvelle planète quelconque* sera découverte au-delà de Pluton dès le début des années 1990. » Ce qui s'est effectivement produit au début des années 2000 avec la découverte d'Eris, de Haumea, de Makémaké, etc.
* ce qu'on appelle à notre époque une planète naine
L'appendice, tout comme l'introduction, permet de comprendre ce qu'est la hard science-fiction et la manière dont un auteur donne vie à ses histoires sans contredire le savoir scientifique de son temps, mais en spéculant aux frontières de la science connue. Les connaissances scientifiques, qui constituent la base sur laquelle repose l'ensemble, sont essentielles pour écrire dans ce sous-genre de la science-fiction. Tous les auteurs ne sont pas aussi rigoureux et expérimentés en sciences que Charles Sheffield, mais tous s'efforceront d'adopter une démarche similaire en écrivant de la hard science-fiction.
Le choix des aventures, le rythme, une pointe d'humour, la pertinence du propos scientifique et, surtout, son ancrage novateur pour l'époque (nouvelles publiées entre 1978 et 1983), ainsi que la qualité constante et accessible de l'ensemble des textes, font de ce livre une oeuvre vraiment remarquable qui mériterait d'être plus connue.