« Les plus grandes choses n'ont besoin que d’être dites simplement : elles se gâtent par l'emphase. Il faut dire noblement les plus petites : elles ne se soutiennent que par l'expression, le ton et la manière. »
Source de la citation: Les Caractères, Jean de La Bruyere
L’écriture de Jean-Jacques Rousseau est limpide, claire, presque transparente.
Sa ligne est comme l’eau calme d’un lac entouré de verdure. C’est très reposant après beaucoup de saturations stylistiques des écrivains modernistes du XXᵉ siècle, pour le dire vite.
Mon professeur de philosophie au lycée Sophie Germain avait prévenu ses élèves sur l’écriture ambivalente de Rousseau : il peut y avoir des contresens, c’est-à-dire que l’auteur est à la fois clair mais peut être mal interprété par une lecture inattentive. Or, Rousseau ne raconte pas des choses passionnantes, on a plutôt à faire à une écriture de l’anecdote, du moment, plus ou moins parsemée d’un certain humour, ou plutôt « esprit » du XVIIIᵉ. Dans le genre, Saint-Simon est beaucoup plus obscur, daté, maniéré. Il a une langue qui a trop enduré les années. Ce que je cherche à dire par là, c’est qu’il est important de ne pas trop « charger » sa langue. Saint-Simon est bourré de tiques, de vieilleries d’un autre siècle. Cependant je n’abandonne pas le bateau Saint-Simon tout de suite, j’y reviendrai plus tard. Laure Murat, essayiste et universitaire, explique que malgré sa complexité « apparente », Proust a une langue fluide, simple en termes de vocabulaire, et qu’elle se déroule sans heurts. (il ne faut pas trop sursauter de peur devant la « métempsychose » de l’ouverture de la Recherche.) Ce qui n’est pas le cas de Saint-Simon, mais ce qui est peut-être le cas de Jean-Jacques Rousseau. Cette fluidité s’exprime dans un cadre particulier, leurs temps.
Il est possible que Proust ait voulu clarifier ses pensées, ses réflexions, ses souvenirs. Afin de les rendre intelligibles, de les capter, de capturer des bribes d’atmosphères qu’il tenait à faire ressurgir du fond de sa mémoire mondaine. Rousseau a fait deux cents ans plus tôt une entreprise d’introspection analogue à Proust, quoique toujours dans cette contrainte de l’époque.
Ce n’est pas parce que quelque chose n’est pas boursouflé ou écrit de manière limpide que le lecteur le saisit dans toute son entièreté. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément », nous dit Boileau. Cette maxime a de quoi dérouter : combien de fois lit-on des choses qui nous paraissent absconses, dépourvues soit de sens soit de chair et pourtant dans un style tout à fait correct ? Qu’ai-je vraiment compris des « mots » de Sartre ? Entreprise analogue également, mais quelle débauche de style, de passéisme, d’archaïsmes. Il y a évidemment du recul chez Sartre, mais toute son entreprise, en tout cas dans l’œuvre d’art et non dans les textes critiques, me semble tomber un peu à côté du sentiment.
Pour revenir à Rousseau, j’aime ses descriptions champêtres, ses portraits de femmes et sa bonhomie de manière générale. J’ai une vision pleine de préjugés, comme souvent devant un auteur connu, c’est insupportable cette mauvaise publicité que le tout-venant fait d’écrivains que souvent il ne daigne même pas lire.
Alors on apprend que le jeune Rousseau s’est fait la main sur Les Lettres philosophiques de Voltaire.
Madame de Warens est un peu l’alpha et l’oméga de l’ouvrage Les Confessions, elle est idéalisée, magnifiée, célébrée par Rousseau.
Bon, je me suis arrêté au livre IX, le reste sur fond de règlement de compte ne m’intéresse pas. Je ne note que les IX premiers livres.