Les Femmes de Manara (1995) est moins un récit qu’une déclaration d’intention : celle d’un dessinateur qui explore, sans détour, sa fascination pour le corps féminin. Milo Manara y déploie tout ce qui a fait sa renommée : un trait d’une élégance rare, des lignes souples, un sens aigu du mouvement et une capacité presque hypnotique à capter le regard. Chaque illustration fonctionne comme une variation autour du même thème, entre sensualité assumée et idéalisation fantasmatique.
Mais cette virtuosité graphique est aussi la principale limite de l’ouvrage. L’ensemble reste prisonnier de son propre dispositif : pas de véritable progression, peu de renouvellement dans les poses ou les situations, et une vision du féminin qui, si elle est cohérente avec l’univers de Manara, peut sembler datée ou univoque. On admire, on feuillette, on s’attarde… puis une certaine impression de répétition s’installe.
Au final, Les Femmes de Manara est un livre qui séduira surtout les amateurs du dessinateur et de l’érotisme illustré classique. Un bel objet, techniquement irréprochable, mais qui laisse le sentiment d’un exercice de style plus que d’une œuvre marquante ou indispensable.