Dans ce premier roman du cycle homonyme, Les Jeunes filles, Henry de Montherlant met en scène un écrivain du nom de Pierre Costals et sa correspondance avec de jeunes filles, dont l’une sera particulièrement développée : celle avec Andrée.
L’écrivain est cynique, manipulateur, désabusé ; Andrée, la jeune fille, est idéaliste, sincère, amoureuse. Et si, au début, on rit de la maladresse et de la naïveté d’Andrée comme de la méchanceté de Costals, le rapport se transforme au fur et à mesure de la lecture. L’écrivain, qui nous apparaissait fin, devient peu à peu vulgaire et grossier. Andrée, quant à elle, dans ce mélange entre Les Liaisons dangereuses et Gustave Flaubert, atteinte de bovarysme, refuse de s’enticher d’un homme inculte afin de répondre aux attentes sociales qu’on lui impose. Ainsi, elle poursuit sa correspondance avec cet homme, certes cultivé, mais imbu et si désireux de se vouloir au-dessus des autres qu’on ne peut que le regarder de haut.
La narration de Montherlant est particulièrement intéressante. On slalome entre liaison épistolaire, narration extérieure omnisciente, journaux intimes et extraits d’annonces matrimoniales. Ce choix d’une forme narrative diverse participe grandement à la transformation du regard du lecteur vis-à-vis des personnages, dont Costals est le principal représentant.
Certes, les thèmes sont un peu usés, qu’on pense au séducteur cynique ou à l’idéaliste provinciale, mais on applaudira l’ambition de la diversité des formes narratives utilisées et l’évolution du regard porté sur le personnage d’Andrée.