... me dit ma copine après lecture.
L'ami Pierre Arno Parfois m'ayant rappelé que ça fait belle lurette que je pense à écrire un billet sur Les misérables j'ai décalé ma quête de poulet du dimanche et négligé (et quelque peu malmené) ma compagne pour enfin m'y atteler.
Le père Hugo et moi, c'est toute une histoire.
Faut dire que j'ai accompli l'exploit d'obtenir un bac littéraire sans lire un seul bouquin du bougre...
À l'époque j'étais un idiot arrogant qui avait l'outrecuidance de se dire
"impossible qu'un mec ait été à la fois aussi talentueux et reconnu dans son époque".
Puis je me suis installé sur la côte d'azur où j'ai été hébergé quelques temps chez ma sœur.
Le premier jour, étant pris d'une envie soudaine de m'asseoir sur le trône afin d'y gouverner mes sujets (ce que je fais à l'instant où j'écris ces mots) je cherchais en urgence un bouquin pour compagnie dans la bibliothèque peu fournie de ma sœur.
Ma sœur n'étant pas une lumière, ses étagères ne contenaient rien de valable à mes yeux, et c'est le cul lourd et la merde dans l'âme que je me résignais à tendre la main vers cet amas de pages qui portait le nom de "Les misérables" ( roman que je la soupçonnais d'avoir mis en évidence pour faire bien sans qu'elle ait même porté un œil sur la quatrième de couverture).
"Au pire ça me servira de PQ." pensais-je.
Ce jour là, je dû bien passer une heure entière sur le trône, émerdeveillé par ma découverte.
C'était devenu ce genre de lecture qui me tenait compagnie des jours et des nuits entières et que j'abandonnais à contrecœur, les yeux rougis de fatigue, car il fallait bien dormir ou mourir.
Il me faut maintenant conter une amusante anecdote que...
Je fais une petite pause, le temps de donner un coup de coude à ma compagne qui me fait sa psy (en train de lire Le livre de l'intranquillité) et qui pourrit mon groove avec son :
"- C'est beau ça : " j'écoute la chute du temps, goutte à goutte".
- Tu vois pas que je chui en train de mener la vraie vie sur le net nainredinebouc ! Putain on peut pas se la raconter tranquille dans cette baraque !... Et toi dégage putain d'chat lacanien d'mes deux! "
Où en étais-je?... Putain ils m'ont énervé...
Ah ouais l'anecdote.
Que je raconte avec un vilain plaisir, légions étant sur ce site les wokes (qui n'existent pas) de mes deux m'ayant condamné au racisme (s niais si vous saviez).
Bien des années plus tard, lors même que je posais mes courses sur le tapis roulant du Leclerc de Saint Roch, mon centième exemplaire des Misérables à la main (il faut savoir que je ne l'ai jamais terminé) , deux vieux bonhommes, qu'on appellera vieux sourcil (il n'en avait qu'un pourlesgouvernertousetdanslesténèbresleslier) et vieux sourire, arrivent derrière moi.
L'un d'eux fulminait à voix basse. Je me retourne:
"- oim (guilleret et le regard taquin plongé dans la broussaille de son sourcil) : un sourcil Monsieur ?
- vieux sourcil (sourcilleux) : vous voyez pas que c'est une caisse prioritaire!
- oim (jetant un regard négligeant sur le panneau) : excusez moi j'avais pas vu. Pas d'sourcil j'enlève mes courses...
- vieux sourire (souriant et dans un accent chantant du Sud) : maaaais laiiiisse leeeeee tranquiiiille... Tu vois bien que ça va prendre plus de temps s'il enlève ses courses.
- vieux sourcil (teigneux et me montrant le panneau) : oui ben faut apprendre à lire hein !
- oim ( amusé et exhibant Les Misérables ) : Ben j'sais lire, la preuve.
- vieux sourcil (ronchon) : oui ben y'a pas qu'le Coran dans la vie!
- oim (jetant un coup d'œil dubitatif sur la couverture comme si je la découvrais pour la première fois) : Ah merde, chavais pas que c'était Victor Hugo qui avait écrit le Coran.
"
Et les personnes devant moi, et la caissière, et vieux sourire, de pouffer de rire.
- vieux sourire (l'oeil amusé) : il t'a bien eu tu passes pour un con, laisse le tranquille maintenant.
- vieux sourcil (ruminant) : ...mgnmgnmgnmgn...
- oim (en partant enjoué) : vous avez un sacré sourire, et vous un sacré sourcil! Bonne soirée messieurs je m'en retourne à mes Saintes écritures!
Et de partir en chantonnant Brassens chantant Hugo
"Venez, vous dont l'œil étincelle
Pour entendre une histoire encore
Approchez, je vous dirai celle
De Doña Padilla del Flor
Elle était d'Alanje, où s'entassent
Les collines et les halliers
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers..."