Il y a quinze ans, je me suis fait offrir Les Misérables, 2 tomes de 900 pages, en format poche, plus épais que hauts.
Bien déterminé à engloutir les deux pavés en quelques mois, je me suis mis à l'ouvrage... mais je me suis cassé les dents sur les 100 premières pages et la description méticuleuse du quotidien d'un évêque, sans lien apparent avec le récit que je souhaitais découvrir.
Les pavés ont donc pris la poussière pendant des années. Jusqu'à ce que, le mois dernier, on me fasse découvrir le livre audio, qui m'a redonné la motivation pour m'attaquer à ce monument. C'est donc parti pour une aventure hybride, mi papier, mi audio (pour les passages fastidieux), qui devrait m'occuper quelques temps.
Je compte, bien entendu, dévoiler des éléments clés de l'intrigue.
--------------------------------------------------------------------------------------------
J'en suis encore au début du roman. Bien entendu, ma note n'a aucun lien avec mon appréciation de l’œuvre. De toute façon, pour paraphraser SanFélice, peut-on noter les Misérables?
Livre premier, Fantine.
Le 13 mai 2026
Elle a été bonne, la révolution française, c’est le sacre de l’humanité.
L’évêque ne put s’empêcher de murmurer. Oui? 93 !
Le conventionnel se dressa sur sa chaise, avec une solennité presque lugubre et autant qu’un mourant peut s’écrier, il s’écria:
-Ah ! Vous y voilà ! 93 ! J’attendais ce mot là. Un nuage s’est formé pendant quinze-cents ans. Au bout de quinze siècles, il a crevé. Vous faites le procès au coup de tonnerre.
Ça y est, je viens d’écouter les 100 premières pages en audio. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est hardcore, le début du roman.
100 pages sur le vie de Monseigneur Bienvenue, évêque de Digne.
100 pages pour nous expliquer toute sa vie, à quel point il est bon et miséricordieux. Il fait l’aumône, il refuse les ors de l’église, redistribue les richesses de son évêché. Il parle même avec les bandits du coin pour les raisonner.
Tout nous est décrit, l’organisation de sa maison, de son budget, sa gouvernante et sa sœur avec qui il vit, ses discussions politiques avec un ancien révolutionnaire de 1789 mourant, quel comportement il a eu à la prise de pouvoir de Napoléon.
Bref, toute sa vie pour en arriver au moment où, p.112 Valjean croise sa route.
Chassé de partout car ancien bagnard, il demande l’asile à Monseigneur Myriel sans trop y croire. Il l’accueille, et fait même dresser sur sa table ses couverts d’argent, seul luxe qu’il a n’a pas revendu pour les nécessiteux. Et j’en suis là. Je crois que Valjean va les lui piquer (c’est assez connu), mais j’ignore dans quelles circonstances ni avec quelles conséquences.
Le 16 mai 2026:
Si le grain de mil sous la meule avait des pensées, il penserait sans doute ce que pensait Jean Valjean.
Je le savais!
Malgré la bonté de l’évêque, Valjean lui chourave son argenterie. Il ne peut pas faire autrement. Quand les gendarmes le capturent et le reconduisent chez Monsieur Myriel, celui-ci fait comme s’il avait lui-même donné son trésor à Valjean. La police le laisse tranquille, et complétement incrédule.
Monsieur l’évêque, paisible, lui laisse les couverts, et lui donne sa bénédiction pour la suite.
C’est votre âme que je vous achète : je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition, et je la donne à Dieu.
173 pages de documentaire sur la vie d'un évêque à la montagne pour qu'il puisse rencontrer le personnage principal, et semer dans son esprit en perdition quelques graines de bonté. C'est assez radical en effet...
Actuellement, j'en suis 30 pages plus tard, coincé dans un tunnel sur la vie en 1817 et le quotidien de 4 étudiants parisiens pas très intéressants, dont l'un est vaguement en couple avec une certaine Fantine.
J'ai passé le cap de la découverte de l'univers, j'ai commencé à m'attacher à Valjean, je suis content. Le plus dur commence j'imagine.
Le 25 mai 2026
35 pages de partie de campagne, d’étudiants qui pérorent avec une Fantine en arrière plan toute timide et discrète.
Au bout du compte, on apprend que Tholomyès le chef des quatre blaireaux prétentieux, a fait un enfant à Fantine, et qu’il la largue comme un gros lâche.
Je suppose qu’il ne donnera aucune nouvelle, et que cette enfant sera Cosette.
Le 10 juin 2026.
Fantine est partie sur les routes avec sa gamine, Cosette donc. Se rendant compte que sa vie sera désargentée et peu honorable, elle préfère confier la prunelle de ses yeux aux premières personnes qui lui inspirent confiance. Il faut avouer que le flair de Fantine est hyper fiable, puisqu’elle tombe sur une aubergiste de Montfermeil hyper sympa, et qui a déjà deux enfants : la Thénardier !
Elle promet de chérir Cosette comme sa propre fille, contre une rente fort raisonnable.
Fantine trouve donc un boulot dans le Nord, à Montreuil sur mer, et s’acquitte dûment de son loyer, qui étrangement, ne cesse d’augmenter. Elle s’enfonce petit à petit dans la pauvreté la plus crasse en se séparant tour à tout de ce qu’elle a de plus précieux après sa fille : ses cheveux, et ses deux dents de devant BORDEL!!!
La transformation de la jeune fille candide en mère célibataire, mi-ouvrière, mi péripatéticienne dure des années.
Parallèlement, un nouvel entrepreneur s’installe à Montreuil sur mer. Personne ne sait d’où il vient, mais il investit dans le tissus économique local et enrichit considérablement la région. Il est d’autre part d’une probité à toute épreuve. Il fait le bien autour de lui, sauve les paysans coincés sous les charrettes accidentées à la manière de Superman. On l’a même vu porter le deuil lors de l’annonce du décès d’un obscur évêque de montagne. Il est aimé de tous, au point de devenir maire de la ville.
Bon sang mais c’est bien sûr, ce bienfaiteur n’est autre que Valjean. Et il n’est pas surprenant de voir au même moment débarquer l’inspecteur Javert, qui recherche un bagnard récidiviste et qui se doute de quelque chose.
Il n’empêche que Jean « Madeleine » Valjean vole au secours de Fantine lorsqu’elle a des démêlés avec le justice, et qu’elle tombe malade. Il promet de lui ramener Cosette.
Ça y est, ça se précise, les personnages connus débarquent les uns après les autres:
- Les Thénardier, dont on aperçoit à peine la vilénie par le biais de conversations épistolaires avec Fantine.
- Javert, flic incorruptible et pas très fun qui se pose en garant de l’ordre social. Et quelques noms qu’on évoque à peine dont Éponine et Cosette.
Tenez vous prêts, ÇA VA CHIER !!! Mais d’abord, nouveau tunnel.
Un homme a été arrêté à la place de Valjean et envoyé au bagne gratos. Valjean change mille fois d’avis. Doit-il se dénoncer au risque de griller sa couverture ? On s’en fout punaise, va sauver Cosette mon gars !!
Le 14 juin 2026
Finalement, Valjean se précipite à Arras pour assister au procès d’un innocent. Après moult péripéties (achat de chariot, bris de roue), ce bon vieux Madeleine arrive à bon port et assiste à un procès à suspense comme dans un film américain.
Après de longues délibérations, notre héros finit par révéler la vérité et se constitue prisonnier. Sauf que personne ne croit monsieur le maire. Javert absent, on le laisse repartir pépouze.
Valjean repart illico à Montreuil sur mer, suivi de près par Javert, bien déterminé à l’arrêter.
Alors qu’il est au chevet de Fantine, Valjean se fait surprendre par l’inspecteur, qui révèle le pot aux roses;
Madeleine n’existe pas, Valjean est un criminel, et sa place est en prison. Persuadée que sa fille serait bientôt de retour, Fantine ne supporte pas la révélation et meurt sur le coup.
Fantine fut donc enterrée dans ce coin gratis du cimetière qui est à tous et à personne, et où l’on perd les pauvres.
Heureusement Dieu sait où retrouver l’âme. On coucha Fantine dans les ténèbres parmi les premiers os venus ; elle subit la promiscuité des cendres. Elle fut jetée à la fosse publique. Sa tombe ressembla à son lit.
Fin du livre premier.
Le 14 juillet 2026: Livre deuxième, Causette.
On commence par un nouveau tunnel, ça faisait longtemps, et celui là est maousse. 70 pages, 11 chapitres de récit méticuleux de la bataille de Waterloo, 18 juin 1815, que je vous épargnerai ici.
De toute façon, je n’en ai pas retenu grand-chose, si ce n’est le ton épique et le mot de Cambronne.
Le lien avec nos héros est très mince. A la fin de la bataille, un maraudeur dépouille les cadavres. Parmi eux, un officier encore vivant, Pontmercy, est déterré par le malandrin, qui n’avait aucune intention de le sauver. Le nom de l’abjecte pillard ?
Thénardier pardi !
La suite au prochain épisode...