"Les Orphelins" est un court roman qui revient sur la vie de Billy the Kid, personnage dont on ne sait finalement pas grand-chose et qui a été transformé en légende de l'Ouest américain. À l'origine, Billy n'est qu'un pauvre gamin, un petit délinquant parmi tant d'autres, devenus voleurs puis meurtriers, et dont seul le nom - ou plutôt le surnom - a traversé les époques.
Eric Vuillard ne nous propose pas une longue biographie romanesque, mais plutôt un récit fait de courtes tranches de vie. Billy apparaît même presque comme un prétexte pour parler de l'Amérique du XIXᵉ siècle, de cette Frontière de l'Ouest où les pauvres trimaient pendant que de grandes fortunes se créaient, et où ceux qui cherchaient la liberté ne la trouvaient souvent que dans la violence.
Finalement, de la vie de Billy, nous ne saurons pas grand-chose : seulement des extraits, des fragments, tant son existence fut courte (il meurt à 21 ans) et tant la vérité, peu documentée, s'est effacée derrière le mythe. L'auteur choisit alors de mettre Billy de côté et dresse une galerie de personnages ayant approché le hors-la-loi de près ou de loin, ayant partagé avec lui des moments de vie et de mort, comme le fameux Pat Garrett. À travers ces figures, l'auteur démystifie l'Amérique épique et tragique des westerns pour nous proposer une vision plus réaliste et cynique, presque pathétique. Il montre une Amérique de désespérés (desperados), vivant au jour le jour et essayant de trouver leur place dans un monde en pleine mutation. En déconstruisant la légende de Billy the Kid, Vuillard interroge plus largement la fabrication grandes figures héroïques.
J'ai aimé ce petit roman surtout pour son approche et son intention, plus que pour ce qu'il nous apprend réellement. Il faudra se rappeler qu'au final les légendes restent toujours plus belles que la vérité.