Fantasmes, fantômes viennent tous deux d'une étymologie latine "phantasma". Si les mots en français et pris au premier degré sont assez différents, on s'aperçoit qu'ils sont très semblables lorsqu'on les assimile à cette brume de l'esprit vagabond perdu dans un onirisme conscient et proche de la folie, qu'elle soit de nature sexuelle ou surnaturelle effrayante. A travers cette courte nouvelle épistolaire SZ traite donc d'un fantasme et élabore une énième construction de l'amour dans sa petite usine à mots.


L'histoire est belle d'une grande pureté et architecturalement irréprochable mais les ficelles sont très voyantes à tout esprit cartésien et conscient de la vacuité des amours littéraires. Nous sommes ici dans une dualité Fantasme / Marasme qui en emportera plus d'un ou d'une sur le flot des mots si bien choisis mais qui en laissera d'autres sur le rivage à regarder comme on se repait d'un beau paysage. Oui car ceux qui ne croient pas en l'amour et lui substituent d'autres termes moins élogieux comme tendresse, affection, amitié... seront peu touchés.
Maintenant posons-nous la question : l'histoire raconte-t-elle le fanstasme d'un personnage féminin de roman ou celui de l'auteur SZ ? Nous n'aurons jamais la réponse. En tout cas l'érotomanie transpire des pages à tel point qu'on peut même en être gêné. Encore ce très classique amour d'une femme éperdue évidemment très belle (et très douée sexuellement puisqu'ensuite elle se fera entretenir par des hommes plus ou moins gracieux mais fortunés) pour un homme évidemment brillant et évidemment bien plus âgé ! Qui peut rêver d'une situation si sordide si ce n'est un homme plus tout jeune et affolé par le démon de midi qui le pousse en quête d'une jeunesse qu'il ne retrouvera jamais.
Tout le talent de SZ est là puisqu'il arrive à masquer ce côté misérable à nous le faire oublier en manoeuvrant une soi disant "pureté" mais plus encore par la mort d'un enfant et cet amour sans faille de cette femme à la moralité au demeurant douteuse (encore un fantasme masculin ?) pour son enfant.
On peut être aussi gêné par cette adoration stupide où l'homme est mis sur un piédestal et la femme prête à toute les bassesses pour le satisfaire. Décemment on peut penser que la femme est rabaissée au plus bas et "cerise", elle ne s'en rend même pas compte buvant le récit comme du petit lait. Rassurons-nous toutes les lectrices, tous les lecteurs ne se laisseront pas "attraper" si facilement !


Nous sommes pris au piège de ce jeu de l'esprit de cette manipulation. Nous sommes guidés par un maître des mots !
En allant un peu plus loin, qui nous dit que Zweig n'est pas le jouet de son propre esprit, de son époque, une époque où la femme n'était vraiment pas l'égale de l'homme et où elle avait peu de droits (pas encore celuide voter !) ?


Oserai-t-on dire quand on parle de l'amour qu'il est une création littéraire ?
Magnifié, enjolivé, prôné en vertu ultime il est mis à toutes les sauces et employé régulièrement dans tous les types de récits. Parfois il est responsable comme dans l'Illiade de Guerres et peut bouleverser l'ordre du Monde et parfois comme dans "Lettre d'une inconnue" il n'a qu'un retentissement modeste, mineur voire insignifiant. Les littérateurs ou magiciens des mots par leurs stratagèmes littéraires tentent de nous faire rêver en brodant un sentiment, un fantasme qui n'existe pas et qui nous abuse ou en nous emportant dans des mondes inconnus ou encore en peuplant leurs récits de monstres... de fantômes.


Toutefois les fantômes n'existent pas donc l'amour n'existe pas mais rien ne peut nous empêcher de fermer les yeux et de rêver !

SombreLune
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le 1 juin 2020

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