Un romancier trouve un jour dans son courrier la lettre d’une inconnue lui annonçant que son fils vient de succomber à la grippe et qu’elle même est sur le point d’être emportée par la maladie. Il y apprend également que l’enfant est le sien et que la mystérieuse expéditrice lui voue depuis le début de son adolescence un amour aussi incandescent qu’éternel. Elle avait treize ans et lui vingt-cinq quand il est devenu son voisin de pallier et qu’elle a eu le coup de foudre. Des années plus tard, elle est devenue sa maîtresse le temps de trois nuits torrides. Une conquête parmi tant d’autres pour ce séducteur invétéré qui n’a gardé aucun souvenir de cette femme qui, “de toutes les femmes [qu’il] a connues, est celle qui [l’]a le plus aimé et [qu’il] n’a jamais reconnue”.
Il y a quelque chose de très malaisant dans cette confession à sens unique où la pulsion de mort et la pulsion d’écriture se confondent pour souligner la passion amoureuse d’une femme qui tourne à l’obsession pathologique. Se sachant condamner, à défaut de lâcher ses coups comme un boxeur désespéré, elle lâche ses mots, sans honte, sans fard, sans filtre, dans un prose fiévreuse et répétitive. Ressassant sans cesse la force des sentiments qui ne l’ont jamais quittée depuis l’adolescence, elle se livre sans rancœur ni haine à l’égard de celui qu’elle ne cesse de nommer “mon amour”, l’excusant au contraire de son indifférence et de ses frasques de Dom Juan. Une forme d’adieu déchirante pour dire la séparation à venir, aussi triste que définitive.