Edouard Limonov, rêve d'être écrivain à succès, et de porter sa vision nostalgique de la Russie communiste en projet politique. Il parvient mollement à être le premier, et échoue magistralement pour la deuxième. Mais, le personnage est passionnant dans ses contradictions.
Carrère le sait, et a voulu retranscrire ses ambiguïtés - selon lui - propres à la Russie et à ses habitants. La force de Limonov réside dans le message, pas dans la qualité du récit. Quelques scènes d'amour, de dispute, et un récit de prison révèlent les fulgurances d'écriture dont est capable Carrère. Néanmoins, le récit est parfois répétitif, morne ou donne le sentiment d'être une parodie romanesque de livre d'histoire.
Sur le message, puissance du roman : Carrère nous dit qu'il ne fait que mettre le miroir devant un personnage et qu'il revient au lecteur de juger. C'est fort, car il trompe le lecteur, l'empêche d'imposer l'analyse banale voire clichée qui serait de se ranger du côté des Occidentaux qui "voudraient mettre sur un même pied nazisme et communisme", là où les Russes expriment une nostalgie (Ostalgie !) certaine pour leur passé. Limonov incarne cette complexité russe, Carrère sait pousser le lecteur à la réflexion, à la remise en question de ses paradigmes.
Je mettrais 7,5 si je pouvais.