Première tentative d'un livre d'Emmanuel Carrère pour moi, un peu dérouté initialement par le style très "parlé" de l'auteur, mais il s'y glisse régulièrement quelques belles tournures qui viennent donner du cachet à l'ensemble. C'est finalement agréable à lire, assez fluide, et rempli d'humour.
Cependant, on est souvent un peu perdu par rapport à la relation qu'entretien l'auteur avec le personnage. Le début de l'ouvrage nous laisse présager une biographie amusante, sans lourdeur politique, mais au fil du livre le jugement de l'auteur sur le personnage de Limonov prend de plus en plus de place. C'est dommage, car les actes de notre héros n'ont pas besoin de commentaire, et s'il était amusant de commenter l'enfance pour donner un peu plus de contexte aux frustrations dont Limonov est habité, il est de moins en moins nécessaire, par la suite, d'utiliser ce type de procédé. En effet, une fois qu'on a compris à qui on a affaire, c'est à dire un type de personne qui à besoin de pouvoir pour se sentir vivre, et qui ne peut connaitre d'accomplissement personnel que dans la célébrité, on souhaite rire du personnage plutôt que d'analyser cette Iznogood en profondeur.
Ouvrage plutôt agréable à lire, qui dépeint une belle fresque des dernières décennies de l'URSS et de sa transition brutale vers un autre système. On prend plaisir à lire des témoignages, inconnus en Occident, qui éclairent sur les nostalgie d'une grande partie de la population pour le défunt système soviétique, au sortir des années 80. Le cocasse de nombreuses situations reste en mémoire à l'issue de l'oeuvre, sans doute le symptôme d'un livre marquant pour moi.
Ne connaissant rien d'autre de l'auteur, je ne saurais en dire plus sur le style, j'ai cru comprendre qu'il était conforme à son écriture dans d'autres ouvrages. C'est un rien Houellbecquien par moment, ce qui plaira à certains et déplaira à d'autres.