Un adolescent mal dans sa peau et son père tenté par la bouteille à la suite du décès de leur mère et femme déménagent. Ils font la connaissance de Jon, gamin du coin un peu bizarre et souffre-douleur de son collège. Tout ce beau monde reprend goût à la vie, sur fond d’ébénisterie et de bons sentiments.
Au prix de nombreux clichés, donc, l’intrigue proposait des pistes toutes faites, et qu’il eût été intéressant d’exploiter : comment — pour employer un langage de psychologues bas-de-gamme — se reconstruire après un deuil ? comment traiter littérairement lesdits stéréotypes ? comment s’en sortir avec ce que Bloy appelait « le grand lion à tête de porc de la Puberté » ? quelle voix donner à l’adolescence, puisque c’est un adolescent qui raconte ? C’est peu ou prou à ce genre de défis que s’attaquent finalement les bons romans sur l’adolescence — l’Attrape-cœurs, par exemple, auquel on ne saurait comparer Luke et Jon que thématiquement.
Mais le roman de Robert Williams ne suit aucune de ces pistes jusqu’au bout ; à la rigueur, c’est la dernière qu’il s’efforce d’explorer le plus à fond. Parce que le récit manque de corps, parce que les motifs forts y sont systématiquement sous-exploités, le texte s’apparente finalement à un roman pour la jeunesse sans grande envergure.