Matériaux Pedro Costa est paru en 2022, dans la foulée de la sortie de Vitalina Varela, film auquel l’ouvrage donne une place de choix. Le titre est en adéquation avec le cinéma de Costa, avec sa philosophie – sa politique – du cinéma, fait des matériaux de la vie, ceux qu’assemble un artisan au travail : « Moi, j’ai l’impression de faire un travail-travail, artisanal, routinier, un peu chiant et mécanique même » dit le réalisateur dans la longue interview qui ouvre le livre (p. 72). C’est, selon lui, ce qui le distingue des cinéastes que définiraient l’art, le talent et… l’argent. De fait, pour faire un cinéma artisanal, « il faut du temps, et l’argent n’est pas du temps » (Ibid.). Le temps n’est pas le moindre des matériaux du cinéma de Costa, ce temps qui caractérise aussi bien les tournages que la matière même de ses films ; si Costa filme le temps, c’est qu’il filme la vie, ou plutôt qu’il filme comme on vit.
Aussi Matériaux Pedro Costa n’est-il pas un livre sur Pedro Costa, c’est un livre qui semble plutôt coller aux principes mêmes de son cinéma, dont il adopte certains principes : lenteur, discontinuité, refus de la synthèse, attention portée aux détails comme aux marges, couleurs – y compris le noir, sachant que « le noir est une couleur », pour reprendre le mot de Matisse rappelé par un contributeur (p. 164). Ce très bel ouvrage, fruit d’un travail collaboratif entre Pedro Costa, les directeurs de la publication, la quinzaine de contributeurs et les Éditions de l’œil, rassemble des matériaux hétérogènes : entretiens, essais, photogrammes, planches-contacts, photos de tournages, documents liés plus ou moins étroitement aux films, etc.
Ce foisonnement des matériaux enrichit chacun d’eux : que ce soit en feuilletant ou en lisant méthodiquement ses 480 pages, on a l’impression que chacune d’elles est essentielle, que passer à la suivante revient à en perdre la substance… Une sensation familière à qui regarde les films de Pedro Costa – et voudrait parfois arrêter le film sur chaque image.