Mes forêts
7.3
Mes forêts

livre de Hélène Dorion (2021)

Comme 97 % des lecteurs de Mes forêts (source : sondage institut Opif), je n’aurais jamais ouvert le recueil s’il n’avait figuré comme une des œuvres intégrales de l’objet d’étude poésie associé au parcours « La poésie, la nature, l’intime » dans le cadre des EAF. (Traduction : il est au programme du bac de français.)

Je n’ai pas la naïveté d’imaginer l’ensemble des candidats tomber sous le charme du recueil d’Hélène Dorion au point d’en oublier de passer leur heure et demie quotidienne à scroller sur TikTok (source : une étude sur le temps d’écran des adolescents + ma mémoire approximative), mais j’aime à croire que quelques-uns, ou plutôt quelques-unes (source : toutes sortes d’études sur le profil des personnes qui lisent, en particulier de la littérature, en particulier de la poésie), se seront abandonnées à la lecture de Mes forêts.

Toute mauvaise foi mise à part, je redoutais un recueil hermétique, nombriliste, compatible avec une approche écolocon / pouvoir des arbres / ma fougère intérieure, et pour tout dire assez creux – craintes dissipées.

Mes forêts ne sont pas quelques mots sans ponctuation plantés à la va-vite en se disant que ça prendra bien.

L’écriture d’Hélène Dorion est suffisamment vertébrée pour qu’on se sente concerné, et en même temps suffisamment suggestive pour nous permettre d’opérer le travail de musicalité et d’imagination qui fait l’intérêt de la poésie. « Mes forêts sont des bêtes qui attendent la nuit / pour lécher le sang de leurs rêves / gratter la terre    gratter l’écorce / boire l’offrande et se glisser / dans un lit rempli de lucioles » : j’espère qu’un passage comme celui-ci permet de voir ce que je veux dire (c’est dans « Mes forêts », p. 51).

On n’évite certes pas toujours quelques clichés, sur le thème de la nature contre les écrans ou sur l’impuissance de la poésie : « puis nos mains ont dessiné / quelques traits sur les murs d’une grotte // l’art allait nous protéger de la haine / mais la haine a continué » (« Avant l’horizon », p. 104). Mais ces passages sont assez rares et n’amoindrissent pas la richesse d’un recueil qui ne prend pas ses lecteurs pour des cons, ni les cons pour ses lecteurs.

Alcofribas
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le 19 août 2026

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