Le livre est construit sur l'entrecroisement de témoignages. C'est en général intéressant (accords très fréquents, désaccords complets) mais souvent superficiel. Il y a quelques anecdotes complètement détachées du reste qu'une autre forme aurait chassées ou justifiées.
Comme les autres histoires de la contre-culture, le ton est héroïque. C'est presque un modèle: floraison extraordinaire de talents, tuée par l'absence de gestion, rachetée par des banquiers, puis mort réelle mais victoire symbolique, puisque tout le monde fait référence à. Tous les aspects négatifs (drogue généralisée, morts d'overdose ou d'autre chose, Moebius part dans une secte, on laisse tomber certains, bagarres symboliques ou réelles etc.) sont transformés en geste rock'n roll nostalgique: c'était notre jeunesse.
Répété, asséné, assez peu nuancé: Dionnet est un génie mégalomane et visionnaire; Manoeuvre est un con brutal et fonceur; nombreux sont les témoins qui considèrent que l'un comme l'autre était nécessaire dans ses qualités et ses défauts, et qu'ils marchaient en binôme. La chute a commencé avec le décrochage de l'un ou de l'autre (selon les moments). Ce genre de couple (le génie obscur et le porte-parole solaire) si fréquent, on le connaît par cœur: l'intérêt est ici que les principaux concernés donnent leur avis.
J'ai aperçu quelques images intéressantes dans l'énorme recueil de fin, mais tout de même tout m'a paru assez daté.
Belle histoire.