Dans le sixième et dernier volet (dernier pour le moment), Dennis Lehane échappe à la facilité la plus commune des séries : celle de héros qui ne vieillissent jamais. Kenzie et Gennaro, douze ans après Gone, Baby gone, se sont mariés, ont une fillette de 4 ans et, comme tous les parents américains standard cherchent à payer les frais médicaux, les futurs frais de scolarité, la maison, les factures, etc. Et tournent le dos à l'action pour ne pas rendre orpheline trop tôt Gabriella McKenzie. Bien sûr, l'aventure leur manque, Patrick serre les dents en essayant de ne pas envoyer promener ses boss potentiels, Angie file s'entraîner au tir en cachette, quand les autres mères de famille tentent de grapiller à leur emploi du temps deux heures de yoga. Heureusement, certains tiennent bon le cap des années, comme Bubba, reconverti dans la contrebande charitable de médicaments, mais qui, dans ce dernier tome, ne sert guère que de baby-sitter ; d'autres donnent aussi l'impression de ne jamais mûrir, telle Helene McReady, à laquelle la stupidité donne une jeunesse éternelle. Pas comme sa fille Amanda, qui semble avoir pris mentalement les 20 ans d'âge adulte qui manquent à sa mère.
Le passé revient, donc, et ses enquêtes périlleuses, avec une mafia russe nouvellement débarquée à laquelle même Bubba le Polonais n'aime se frotter. Et vient le sentiment que c'est vraiment la dernière aventure, qu'à 40 ans on se remet moins vite d'une branlée, et qu'à la longue, ce ne sont pas les crimes les plus sanglants qui fatiguent, mais de barboter dans les petites noirceurs et les mesquineries humaines. Alors, jeter son 0.45 et devenir quelqu'un d'autre. Celui qu'on aurait peut-être été plus tôt si son géniteur ne l'avait pas marqué au fer à repasser pour lui apprendre à jouer avec le feu.