Attention il y a peut-être quelques spoilers dans cet avis !
Le nouveau roman réaliste se reçoit comme la déchirure d'un décor, avec un appétit de voyeur pour les coulisses et un léger recul de dégoût quand on réalise qu'on ne va rien t'épargner. Pas de misérabilisme, pas de pathos, par contre une nature omniprésente et les répétitions d'un quotidien à la fois normal (un père accompagne sa fille à l'arrêt de bus pour l'école) et peu habituel (pour le petit-déjeuner elle lui lance une bière et elle mange quelques œufs crus) voire carrément anormal (les viols par exemple). L'habileté de ce roman à montrer les luttes intérieures de l'héroïne (conflits de loyauté, difficulté d'interprétation des changements d'attitude brusques de son père, insultes à sa propre encontre et à l'encontre des autres, en particulier les femmes) est impressionnante et sonne particulièrement juste. Le duo de copains à la blague permanente permet d'ajouter un peu de légèreté pour le lecteur ou la lectrice mais accentue aussi le décalage de l'héroïne par rapport à leur vie où beaucoup d'horreurs leur ont été épargnées (ils en ont bien conscience). Les chapitres quasi finaux à la Tarantino expulsent toute la violence qui couvait depuis des chapitres : j'ai apprécié que ça se déroule sur un temps long, avec des erreurs de part et d'autre, avec le souci des détails anatomiques et de plausibilité de la récupération des blessures. C'était péniblement soutenable mais je ne vois pas quelle autre issue il y avait ? Seule accroche : c'était un peu confus pour moi la manière dont deux personnages se retrouvent emportés par la marrée.
Oui c'est un livre réaliste et violent qui marque profondément ses personnages et les personnes qui le lisent. Et oui je le recommande.