Le narrateur et le héros de Nos soirées possède trois caractéristiques susceptibles de l'entraver dans son ambition sociale, dans l'Angleterre de la fin des années 60, Sa peau foncée, tout d'abord, car son père était Birman, son milieu modeste et provincial d'origine, ensuite, avec une mère couturière, et sa préférence pour les hommes, enfin. Des obstacles que David Win va surmonter, grâce à son intelligence, son talent (il est devenu un acteur relativement connu) et à un coup de pouce du destin, sous la forme d'un mécène pour ses études universitaires. Nos soirées, c'est le récit d'une vie, avec ses moments choisis, pas nécessairement spectaculaires, mais qui dévoilent joliment le personnage principal d'Alan Hollinghurst, et l'époque qu'il traverse, un peu à la manière d'un Kazuo Ishiguro, plutôt qu'un Jonathan Coe, si l'on doit citer des références, c'est-à-dire avec élégance, délicatesse et ironie. Le racisme, notamment, est très présent, comme un fardeau avec lequel il faut composer, en l'utilisant, à l'occasion, comme une arme qui se retourne contre celui qui en est l'auteur. Vies familiale, sentimentale, professionnelle et publique, l'auteur est à l'aise dans tous les registres, tissant sa toile narrative avec une suave retenue toute britannique, tout en exigeant une certaine patience de son lecteur qui aimerait parfois une légère accélération du rythme. Les plus belles pages sont peut-être bien celles qui sont consacrées à la mère de David et à la relation qu'il entretient avec elle. A contrario, celles où apparaît Giles, son tourmenteur attitré à Oxford, puis, plus tard, homme politique ultra-conservateur et humainement vil et arrogant, peuvent apparaître comme trop peu nombreuses ou à l'inverse un peu forcées pour fournir un contrepoint aux qualités du héros du livre. Mais en même temps, sa présence permet d'introduire un personnage à détester dans un roman où la plupart des protagonistes se révèlent plutôt attachants.