On voit aujourd'hui fleurir des romans anticoloniaux, qui ont tous comme point commun d'arriver après la bataille, et donc d'enfoncer des portes ouvertes.
Plus intéressantes me semblent les tentatives de proposer un récit autre que celui qui a été si longtemps majoritaire qu'il est encore indiscutable pour certains. C'était le cas par exemple de Kibogo est monté au ciel, qui proposait avec malice un parallèle en discussions entre les croyances africaines et le catholicisme.
C'est aussi le cas de ce Où s'adosse le ciel, où David Diop, remarqué pour son roman Frère d'âme, nous raconte à travers le récit d'un griot les origines historiques du peuple dudit griot.
Le récit mélange donc deux temporalités : celle du griot, vers la fin du XIXè siècle, à travers sa quête du voyage de ses ancêtres. Et celle dudit voyage, entrepris par des égyptiens renégats alors que les grecs prennent les rênes de leur pays.
Si le début peut paraître déroutant, le récit s'organise vite, et les répétitions servant à recréer le style oral servent également au lecteur à identifier facilement où il en est. Pour autant, David Diop ne cherche pas à présenter un récit archaïque. Bien au contraire, en l'ancrant vers la fin du XIXè siècle, il en fait un récit actuel, dont les conséquences se font encore sentir aujourd'hui.
Loin du didactisme qu'on pouvait craindre, David Diop se sert du style particulier qu'il adopte pour nous offrir un double récit d'aventures. Si la voix du rusé Bilal Seck oblitère un peu les autres personnages qu'il est amené à croiser, ceux de l'histoire antique sont nombreux à être bien développés.
On assistera à l'exode des renégats, la lutte d'Ounifer visant à conquérir le pouvoir dont il est friand, à l'amour contrarié entre des amants dans des camps différents, aux combats à mener dans un monde rude et désertique, où l'eau est un instrument de pouvoir.
Et on verra comment, malgré la fragilité de la transmission orale, cette histoire continue à influer dans le présent de Bilal Seck et des siens.
On ne se libère jamais vraiment du passé.
Ou peut-être que si?