Redevenu seul maître d’un empire romain divisé depuis trente ans entre Orient et Occident, Théodose 1er doit stabiliser les frontières avec les fort envahissants Goths, mais aussi imposer son autorité à l’intérieur.
Depuis qu’en 380, il a promulgué l’édit de Thessalonique faisant du christianisme la religion d’État, c’est au tour des païens de subir la persécution. Si, à Delphes, la bénévolence du centurion Marcus permet encore à la pythie Aglaé IV, même si elle a dû renoncer aux sacrifices, de poursuivre les rituels de consultation avec le prêtre Nikos, des nouvelles inquiétantes n’en affluent pas moins de partout. Une ultime proclamation venant, ce jour de 392, d’interdire le paganisme sous peine de mort, ne reste bientôt plus que la fuite à la pythonisse et à ses derniers fidèles. Le monothéisme chrétien vient de sonner le glas de la féroce joie de vivre des dieux grecs et latins.
La philosophe et femme de lettres Catherine Clément, qui n’en est pas à sa première publication sur le thème des mythes antiques et de la religion, a choisi un personnage de femme cultivé, parlant latin et grec, pour incarner avec humanité le paganisme au moment où il cède le pas au monothéisme chrétien. La transition ne se fait pas sans violence, même si, au saint des saints du temple d’Apollon, tout cela ne parvient encore qu’en écho assourdi, incitant à une discrétion prudente. Au travers d’Aglaé et de ses oracles, c’est une religion toute de théâtralité, mais aussi une érudition pleine de sagesse ancienne, qui s’inquiètent des coups de boutoir d’une nouvelle intolérance fanatique.
Si le commun des mortels ne comprend pas grand-chose de l’idée de consubstantialité « Dieu-unique-son-fils-et-le-pigeon » qu’on lui impose pour, en même temps, bannir la doctrine chrétienne arienne, l’histoire de la Nativité et d’une vierge enfantant un vrai petit dieu emportent chez les païens de plus en plus de suffrages : « Le peuple a besoin d’extraordinaire. Il lui faut un récit pour retrouver l’espoir et là-dessus, nos camarades chrétiens sont plus forts que nous… » Alors, quand la politique s’en mêle parce qu’elle y voit un outil de pouvoir, la proclamation d’une religion d’Etat annonce sans coup férir l’éradication violente de toute autre forme de croyance, dans une main mise manipulatrice aux évidents échos modernes.
Cette vague de violence n’étant jamais directement présente dans le récit, le lecteur ne la sent s’écraser que dans le dos de ses personnages bientôt en fuite, son fracas comme hors des pages ou, plutôt, n’éclatant dans les pages qu’après le passage du lecteur, dans son imagination. La précédant, elle et sa folie destructrice, la plus symbolique des dernières païennes emmène avec elle les vestiges d’une autre forme d’humanité, condamnée à disparaître. Ou l’histoire, riche de détails et d’allusions assemblés avec autant d’érudition que d’humour, d’un moment de bascule majeur pour l’humanité.
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