Peaky Blinders
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Peaky Blinders

livre de Carl Chinn (2019)

Une plongée dans la misère et la violence de l’ère victorienne

Cet ouvrage a été écrit par Carl Chinn, dont l’arrière grand-père a fait partie de ces « Peaky Blinders ». Ce nom a été popularisé par l’excellente série dont Cillian Murphy interprète le héros, Thomas Shelby, chef de famille et chef de gang de Birmingham, passant de saison en saison des paris clandestins sur les courses de chevaux à des affaires d’une autre envergure et qui vont lui valoir de nombreux ennemis. Un personnage complexe, revenu traumatisé de la 1ère guerre et soucieux de responsabilité (il finit même par se lancer dans la politique). Ces Peaky Blinders étaient censés se battre, armés selon la série de lames de rasoir glissées dans la visière de leur casquette, avec lesquelles ils défiguraient leurs adversaires.

Devenu historien, l’auteur a voulu rétablir ce qui était vrai et romancé dans cette série qui débute juste après la 1ère guerre mondiale. En réalité, les Peaky Blinders étaient un nom générique pour qualifier les « gangs de rues » de Birmingham, des « gangs de cogneurs » s’en prenant fréquemment et violemment à d’autres gangs, très attachés à leur quartier voire à leur rue. Leur apogée a eu lieu entre 1880 et 1890, en pleine période victorienne, le moment où l’industrialisation du Royaume-Uni entraîne l’explosion d’une classe très pauvre, la grosse majorité respectant les lois d’une « société injuste et indifférente », encore très cloisonnée entre des classes marquées par des écarts de niveaux de vie gigantesques. Une partie de cette classe miséreuse se lance dans des activités illégales (paris, rackets…) voire criminelles au sein de gangs, bien que la plupart possède un emploi, l’auteur le montre bien. A partir de là, ils s’affrontent entre eux et s’en prennent aussi souvent aux policiers, ces derniers payant un prix élevé lors des combats contre les gangs.

Lorsque la série débute, ces gangs ont presque entièrement disparu des rues de Birmingham. Plusieurs raisons l’expliquent, d’abord une répression de plus en plus massive, des peines infligées aux criminels des gangs de plus en plus lourdes. Mais aussi, des activités sociales sont organisées par des églises par exemple, pour aider et occuper la jeunesse (combats de boxe…). Enfin, la population des quartiers pauvres où ces gangs sévissent est la 1ère concernée et excédée par les brutalités, vols, dégradations dont ils étaient responsables, elle va finir de plus en plus par aider la police dans sa lutte, ne craignant plus les menaces au fil des arrestations de ces criminels violents. Autre surprise : aucune preuve n’a été apportée de l’utilisation de ces fameuses lames de rasoir glissées dans les casquettes. Ca donne des scènes de combat très impressionnantes dans la série mais dans la réalité, ces batailles de rues avaient lieu le plus souvent avec des briques, des boucles de ceintures ou des armes blanches, couteaux ou poings américains qui pouvaient déjà faire de gros dégâts.

Pourtant certains personnages de la série ont bien réellement existé, non pas Thomas Shelby et ses frères (le créateur de la série s’est inspiré des frères Sheldon de la fin du XIXe s pour ses personnages principaux) mais Billy Kimber, Darby Sabini ou encore Alfie Solomon, tous ennemis à un moment ou à un autre de Shelby et des obstacles dans son ascension, étaient des gangsters redoutés de Birmingham. Même l’inspecteur-chef Campbell envoyé dans la ville par Winston Churchill pour la « nettoyer » a bel et bien existé. Dans les 2 premières saisons, il est interprété par l’excellent Sam Neill. L’histoire de la famille Shelby est donc largement romancée même si la trame sur laquelle elle s’appuie était réelle. L’auteur le dit clairement dans son introduction : « Contrairement aux personnages de la série, les Peaky Blinders n’étaient pas habillés à la mode, ils n’avaient pas particulièrement de charme ni le sens de l’honneur, et ils n’étaient pas respectés par la classe ouvrière de Birmingham qui, au contraire, fut grandement soulagée lorsque leur règne cessa ».

JOE-ROBERTS
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le 27 sept. 2024

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