Trouvé au hasard à la bibliothèque en feuilletant les livres, maussade de n'avoir rien à me mettre sous la dent, ce livre a immédiatement suscité ma curiosité. Facile à lire, les pages défilaient devant mes yeux, aussitôt commencé aussitôt fini. Ça m'a fait penser à mon livre préféré, Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes, car il a les mêmes qualités et les mêmes défauts. En qualités, je peux citer une justesse à la puissance identificatoire renversante, jusqu'à la jalousie de savoir si bien exprimer ce que nous aussi nous ressentons. Heureusement que leurs mots même s'ils sont équivoques, n'ont pas à rester les seuls, les nuances donnant de l'importance aux nôtres. Les thèmes relèvent pour les deux ouvrages de ce que j'aime appeler l"intime universel" : la sortie de soi et du temps dans l'étreinte, la limite entre l'autre et l'idéal, le lien entre désir, création, art, mort (dans l'analogie du désir et de la finitude)...
Identification aussi facilitée par l'utilisation du "tu". Le lecteur garde l'impression qu'on s'adresse à lui, alors même qu'il sait qu'elle s'adresse à elle-même, que ce n'est à l'origine qu'un discours intérieur retranscrit sur le papier.
Pour les défauts, et c'est très personnel, je regrette que même si elle prend en considération de manière très lucide l'évolution des moeurs, elle n'en demeure pas moins l'héritière de dogmes et de manières de penser ces sujets (sensibles) que je trouve problématique. Comme ça se ressent fortement dans l'oeuvre de Barthes, "nous sommes les héritiers de la psychanalyse ". Parfois, elle concède la légitimité des nouvelles conceptions (la remise en cause de l'hétéronormativité et de la monogamie). Pour d'autres thèmes, comme l'asexualité, elle reste égocentrée dans son analyse.
En effet, en plus d'être une sublimation poétique du désir, ce livre a une dimension d'essai où des idées (philosophiques entre autres) transparaissent. Elle traite sincèrement du féminisme ("Tu as l'impression que toute l'éducation des femmes les incite à être les objets du désir masculin, jamais à désirer le corps des hommes") mais je constate tout de même un engagement qui pour moi trouve ses limites. Elle écrit comme si la libération sexuelle suffisait et que les normes (par exemple dans l'acte sexuel en lui-même) n'étaient pas à remettre en question. Elle s'attaque au cadre (sa description de l'évolution historique des relations) mais pas au contenu (elle parle seulement de fellation et de pénétration QUELLE SURPRISE). Même chose sur la prostitution.
Mention spéciale pour ses excellentes références : Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, La leçon de piano de Jane Campion, de même que Robert Desnos, Georges Bataille, R.M. Rilke, André Breton et plus encore.