Un roman qui n'est que monologue pose toujours la question de la crédibilité des faits énoncés, à partir du moment où, par définition, aucun autre point de vue n'est exposé. C'est la loi du genre et c'est au lecteur de décider s'il doit absolument faire confiance à la narratrice, Estela, en l'occurrence, dans le livre d'Alia Trabucco Zerán. Cette histoire aurait pu s'intituler La nana (La bonne), mais il y aurait eu confusion avec un excellent film de 2009, Chilien lui-aussi, qui porte ce titre. D'emblée, à la manière de Leïla Slimani dans Chanson douce, l'autrice annonce l'épilogue : la fillette de la maison dont s'occupe Estela va mourir. Comment ? Nous ne le saurons qu'à la fin, assassinat ou non, mais le suspense n'est qu'un prétexte pour assister au quotidien de l'employée de maison, ses rapports avec ses patrons, pour lesquels elle est quasi invisible et vaguement méprisée, même si son travail est bien fait. Par ailleurs, se pose la question de l'aliénation d'Estela, en termes de santé mentale, plus le roman progresse vers sa conclusion. Question subsidiaire : est-ce que celle-ci s'adresse à nous depuis une prison ou bien d'un asile ? Si c'est la deuxième option, il y encore plus à douter de la version qui nous est contée et c'est toute la perversité madrée d'Alia Trabucco Zerán que de laisser infuser le malaise, dans un récit assez bien mené dans sa première partie mais qui s'enlise quelque peu dans sa deuxième, le message de l'esclavage de plus en plus mal consenti par Estela, étant bien compris, et assez vite, avec l'humiliation qui va avec. Ne parlons pas de remplissage pour la dernière moitié du livre mais de délayage, peut-être, avec un dénouement un peu flou.

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le 7 oct. 2024

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