Bégaudeau est un mec qui adore s'écouter parler, c'est un fait. Corolaire, il aime aussi écrire sur lui, de lui; conséquence naturelle, chacun de ses bouquin (et même son film "Entre les Murs", qu'il réalise et dont il est l'acteur principal, parce que personne 'autre que lui même n'est mieux à même de jouer son rôle manifestement) est une psychothérapie qu'il s'inflige à lui même. Fallait bien qu'un jour, il appelle un bouquin "PSYCHOLOGIE", étant donné que sa psyché est l'unique thème de son oeuvre, aussi médiocre qu'elle soit. Néanmoins, parfois, il peut être émouvant. Le plus souvent, c'est plus un ado attardé qui nous impose ses obsessions
Il y a un truc qui me fait tiquer chez tous les commentateurs enthousiastes de Bégaudeau (comme Moizi ici), c'est qu'il le trouveront toujours "intéréssant, éclairant, intelligent" ou même "brillant", ils seront émerveillés par sa pensée, mais, justement, aucun ne saurait définir précisément ce qu'est la "Pensée Bégaudeau". C'est bien normal, ce mec est une anguille, passant de concepts en concepts sans jamais s'encombrer de philosophie politique, de science, d'histoire et tutti quanti. Rien de bien sérieux, en somme. Bégaudeau est excellent pour se moquer de la bourgeoisie, mais moins à son aise lorsque qu'il faut développer une pensée propre. C'est bête lorsque Bégaudeau passe une grande partie de son temps libre à parler politique justement. Pour ne rien dire et digresser ad nauseam pour jouir sans limites du son de sa voix, l'essentiel du temps.
Parce que, concernant les idées de Franfran on en restera à un vitalisme de bas étage assez facile, et à la tautologie "le réel est plus grand que tout!". Traduction, Bégaudeau est un adulescent qui pense que baiser sa copine autrement qu'en missionnaire est l'acte ultime de rébellion.
C'est là que j'ai compris: Bégaudeau, c'est le pendant gauchiste d'Enthoven: écoutez les tous les duex, vous y verrez le même ton. Si vous savez, le ton docte du rétheur sûr de sa force. Le rétheur sûr de sa force qui éludera toute problématique matérielle par un bon mot, qui ne sortira jamais un chiffre de sa manche, qui ne proposera aucune solution concrète, et qui restera solidement ancré dans ses pantoufles de plateau télé.
Psychologies, n'échappe pas à la règle Bégaudienne: on y apprendra juste que Marie Chantal et Jean Eudes sont des abrutis. Bégaudeau a fait de la psychologie de comptoir, et il est formel: les affects bourgeois sont ridicules. Wahouh, quelle découverte! Et, bien sûr, on aura de la psychologie de comptoir. On est pas sûr de l'observation méthodique de la haute société à la Pinçon-Charlot, non, on est dans les aventures fantasmées de François dans un milieu qu'il ne connait que trop bien.
Oui, Psychologie n'est qu'une satire du monde bourgeois, agrémenté des commentaires acides de Bégaudeau. Le premier problème est qu'un commentaire satirique de l'habitus bourgeois ne justifie pas de pondre 250 pages dessus. Un pamphlet moins c'est long, plus c'est bon. Le deuxième problème est que... ça a déjà été fait, en mieux. Flaubert, Maupassant, Zola, Albert Cohen.... se sont déjà prêté a l'exercice. Et, ils avaient compris une chose, à savoir que le sarcasme n'est que la chantilly que l'on ajoute aux profiteroles: ça relève le gout, mais, toute seule, c'est étouffe chrétien. Avoir un sujet intéréssant (la bourgeoisie donc) n'empêche pas d'avoir une intrigue, des personnages, un fil directeur.
Sinon, qu'avons nous? Un ensemble de récits pour nous expliquer que nous valons mieux que ces gens? Merci, je le savais déjà j'ai envie de dire. C'est feignant, racoleur, et finalement bien médiocre. A l'image de l'auteur.