Cinq actrices et acteurs protéiformes pour magnifier le texte si dur de Victor Hugo. Un grand moment
Publiée en 2009, cette superbe adaptation théâtrale du dernier roman de Victor Hugo est construite pour cinq actrices et acteurs protéiformes, un bon paquet de bruitages, et les très présents tableaux de Jean-Michel Hannecart.
Yves Gohin le rappelle dans sa préface de l'édition Folio du texte d'origine : "Faire l'histoire de la Révolution française : tâche que Hugo à la fin de sa vie considérait comme toujours nécessaire et toujours impossible. "Impossible, à moins d'y ajouter le rêve"."
Les choix opérés par Godefroy Ségal rendent justice, avec brio et ferveur, aux rages, aux déséquilibres, aux coups d'emporte-pièce, aux doutes et aux discussions qui hantent ce texte si particulier de Hugo.
"La Vieuville : C'est un grand gentilhomme.
Boisberthelot : Croyez-vous qu'il suffira ?
La Vieuville : Pourvu qu'il soit bon !
Boisberthelot : C'est-à-dire féroce.
La Vieuville : Monsieur du Boisberthelot, vous avez dit le mot. Féroce. Oui, c'est là ce qu'il nous faut. Ceci est la guerre sans miséricorde. L'heure est aux sanguinaires. Les régicides ont coupé la tête à Louis XVI, nous arracherons les quatre membres aux régicides. Hyène contre hyène..."
Les cinq protagonistes, incarnant tour à tour l'ensemble des rôles, avec de succulents contre-emplois apparents, au milieu du fracas des fusillades et canonnades, dans la férocité des débats aussi, qu'ils soient entre chefs de la Convention, soldats républicains ou maquisards chouans, rendent toute l'ambiguïté de cette guerre civile, tous les dilemmes qu'elle force entre les mâchoires des combattants, toutes les occasions d'humanité qui persistent malgré tout à s'y présenter... Et magnifient le talent de Victor Hugo, peut-être à son apogée, entre tentation de la dissertation philosophique et rendu du quotidien qui oscille au bord du mélodrame. Un grand moment de théâtre.
"Gauvain : Les grandes choses s'ébauchent. Ce que la révolution fait en ce moment est mystérieux. Derrière l'œuvre visible il y a l'œuvre invisible. L'une cache l'autre. L'œuvre visible est farouche, l'œuvre invisible est sublime. En cet instant je distingue tout très nettement. C'est étrange et beau. Il a bien fallu se servir des matériaux du passé. De là cet extraordinaire 93. Sous un échafaudage de barbarie se construit un temple de civilisation."
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.