L’intime est au cœur même de René, intime d’abord par sa dimension presque autobiographique, puis intime dans le « Moi » intérieur du protagoniste. René est l'odyssée d’un civilisé en pleine crise existentielle, personnage que l'on retrouve dans Atala, qui écoute les paroles du vieux Indien racontant son histoire d'amour tragique. René est un rêveur mélancolique traversant le monde à la recherche d’un horizon perdu. Chateaubriand envoûte encore plus son lecteur que dans Atala : les sensations sont plus intenses, transcendantes, et tous les paysages, monuments qu’il rencontre font écho de manière extatique à l’état du personnage. L’auteur parle clairement de lui, de sa vie bretonne et de son envie de partir ailleurs (le fait de vouloir absolument quitter le château paternel tout en ayant une profonde nostalgie pour le pays breton), car ses vertiges du cœur sont le produit d’une solitude élégiaque et d’une souffrance perpétrée par sa sœur.

L’auteur reste ambigu sur cette relation presque incestueuse : il est comme fou amoureux et en même temps très pudique avec elle. Sa fièvre et ses exaltations donnent une imagination débordante qui a besoin de l’inconnu et du dépaysement. Les lieux qu’il traverse sont nombreux (Etna, Écosse, Calédonie, Rome, Grèce, France…) mais souvent désignés de façon rapide ou floue, comme pour mieux accentuer cette envie pressante de ne pas rester en place, car sa crise serait pire. Partout, il recherche la beauté, la contemplation, la magie et un remède contre ses maux, car, semblablement à Chactas, l’amour impossible lui donne toute cette névrose effervescente. Comme son ami Indien, c’est la religion qui l’aide à guérir de ses blessures, même si la fin expose un chant d’une magnifique tristesse. Prenant le bateau vers l’Amérique (l’exil ultime pour le personnage), il voit pour la dernière fois sa sœur dans le couvent auquel elle a prêté serment. Même dans la plus lointaine des contrées, René a besoin d’Amélie, car sa souffrance reste la même quand il raconte son histoire à Chactas.

Cette nouvelle est donc un regard jeté sur le passé, un entrelacement des souvenirs disjoints de l’homme et de ses plus profonds regrets. Encore une fois, l’environnement joue un rôle primordial dans la composition littéraire de l’écrivain. La nature prend un sens métaphorique très fort, comme lorsque René voit dans le trou du volcan de l’Etna les abysses profonds de ses angoisses et de son désespoir inexplicable, ou lorsque la mer représente l’âme même du personnage. Tout le style, d’une grande puissance sensorielle, touche admirablement notre cœur, devenant évasif face à ce flot vertigineux d’images et de mots d’une grande force spirituelle, symbolique et esthétique.

Ed. Folio, coll. Folio classique, 1978

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le 17 juil. 2025

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