Michel Pastoureau continue sa saga sur les couleurs : après « le bleu », « le noir », « le vert », « le rouge », « le jaune », « le blanc », voici « le rose». Après les 6 couleurs principales, Pastoureau passe à ce qu’il appelle « les demi-couleurs », celles qui sont à la limite des autres couleurs primales ; première d’entre elles donc : le rose. Suivront, je pense, « l’orange », « le violet », « le brun », des couleurs caractérisées par « des champs chromatiques instables. » Pastoureau est un historien, et comme tel, il construit son livre en suivant une ligne chronologique : de la préhistoire au XXIe siècle.
Michel Pastoureau rappelle
qu’une couleur « ne prend son sens, elle ne fonctionne pleinement, du point de vue social, lexical, artistique ou symbolique, que pour autant qu’elle est associée ou opposée à une ou plusieurs autres couleurs. »
Quatre grands chapitres composent cette réflexion sur le rose :
- 1) Une couleur discrète (des origines au XIVe siècle)
- 2) Une couleur admirée (du XIVe au XVIe siècle)
- 3) Une couleur en quête d’un nom (du XVIe au XVIIIe siècle)
- 4) Une couleur ambiguë (du XVIIIe au XXIe siècle)
On voit donc les différentes étapes historiques de la perception et de la représentation du rose, de son existence très mesurée jusqu’au moyen-âge puis de sa présence contrastée jusqu’à nos jours. Pastoureau est un auteur érudit notamment dans l’étude des blasons. C’est pourtant (ou à cause de cela que ?) dans le paragraphe consacré à la place du rose dans l’héraldique que Pastoureau s’avère le plus ennuyeux. Mais le paragraphe est heureusement assez court.
« Rose. Histoire d’une couleur » n’est pas le plus passionnant (comme d'ailleurs « Noir » et « Blanc ») des différents ouvrages de Pastoureau consacrés à l’histoire des couleurs, surtout pour les lecteurs qui ont fréquenté les précédents livres de Pastoureau sur les couleurs ; en effet il y a du « déjà lu » forcément pour eux. Mais le livre consacré au rose n’en reste pas moins intéressant pour toutes les dimensions qu’examine Pastoureau :
« J’ai tenté d’étudier cette couleur dans la longue durée et sous tous ses aspects, du lexique aux symboles, en passant par la vie quotidienne, les pratiques sociales, les savoirs scientifiques, les applications techniques, les morales religieuses, les créations artistiques, le monde des emblèmes et des représentations. »
Le rose est une couleur indéterminée (et on sent parfois que Pastoureau l’est un peu aussi face à cette couleur). Le rose est une couleur qui est, et qui fût, perçue à la fois comme douce et agitée, romantique et insolite, adorée par certains et détestée par d’autres.
Dans tous les cas, ce livre à l’iconographie superbe (comme tous les autres de cette collection) est à consulter par tous.