Sécher tes larmes
6.8
Sécher tes larmes

livre de Mei Lepage (2026)

Premier polar d'une jeune lyonnaise : intrigue intéressante et auteure à suivre.

Premier polar d'une jeune lyonnaise. Une intrigue sacrément tordue qui évoque les violences faites aux jeunes femmes et la première enquête d'Emma Fauvel, une jeune fliquette au passé traumatisant et au parler cash.


Ah c'est toujours un plaisir un peu particulier que de découvrir un premier roman : cette nouvelle plume, c'est Meï Lepage, une jeune femme d'à peine trente ans.

Une jeune femme de la génération Z au parcours pour le moins inhabituel : après une formation et des débuts dans le graphisme et le cinéma d'animation (un de ses personnages s'appelle Henri Langlois !), la jeune femme choisira finalement d'intégrer les rangs de la police de terrain à Lyon !

Son premier roman, Sécher tes larmes, prend pour décor la ville d'Annemasse (où l'auteure a été affectée quelques temps) et inaugure la série des enquêtes de Emma Fauvel, son héroïne.


Annemasse 2024, c'est l'été des JO de Paris. Une jeune femme disparaît, enlevée en pleine rue, un peu avant minuit.

Le plus incroyable - si je puis dire - c'est que cette même jeune femme, Adèle, avait déjà été enlevée sept ans plus tôt ! Un remake !

« — C’était le 23 mars 2017, il y a sept ans. Quel lien avec l’enlèvement actuel ?

— Attends, tu vas voir. [...] Le nouvel extrait date du 8 août 2024 à 23 h 50 ; autrement dit, de jeudi dernier. La rue est filmée avec la même caméra de surveillance.

[...] — Adèle a été enlevée au même endroit, de la même façon ? dis-je, sidérée.

— Oui. On a affaire à un enlèvement copié-collé, sur la même victime, sept ans après. Elle avait seize ans la première fois, elle en a désormais vingt-trois.

— C’est une mauvaise blague ?

— J’aurais préféré, soupire-t-elle. »

Mais attention lecteur, c'est bien pire que ce que tu imagines : « Adèle n’est que la partie émergée de l’iceberg » et chaque personnage cache soigneusement sa part d'ombre.


Voici un polar écrit dans un style plutôt réaliste et - privilège de la jeunesse ? - ni l'auteure, ni son héroïne, ne mâchent leurs mots bien longtemps.

Emma Fauvel, quand il s'agit de donner son avis sur un(e) collègue :

« On est tous le con d’un autre, mais je ne peux m’empêcher de penser que certains le sont plus que d’autres – et, très souvent, plus que moi. »

Meï Lepage, quand il s'agit de nous plonger dans l'ambiance de cette ville frontalière, lieu de tous les trafics :

« Annemasse est la banlieue française de Genève. Les plus fortunés côtoient les délinquants en surnombre. C’est un cocktail explosif, agrémenté d’un trafic de stupéfiants bien implanté. La frontière suisse a des atouts, que les activités soient légales ou non, ce qui donne une sacrée dose de boulot aux effectifs de police locale. »

On imagine volontiers l'adjoint au tourisme de la municipalité piquer une crise en découvrant ce récit !


L'ambiance sous tension de ce polar avec sa fliquette borderline au passé traumatisant, fait indubitablement penser au style de Franck Thilliez et sa série des Sharko/Hennebelle : il y a des comparaisons moins flatteuses !


Avec son dénouement à tiroirs, l'affaire va se révéler sacrément complexe, tordue, voire même un peu capillotractée diront certains, mais on devine que c'est pour mieux noircir le tableau car selon Meï Lepage, « le monde n’est ni tout noir ni tout blanc, mais plutôt une insondable grisaille » et parce que bien évidemment, « rien ne s’est jamais passé comme il le fallait, en définitive ».


Mais ce n'est encore qu'un premier roman, ce qui explique sans doute quelques maladresses comme les inserts répétés sur le calvaire de la victime, martyrisée dans la cave du méchant.

Heureusement, Meï Lepage ne s'y attarde pas trop, évite même le voyeurisme complaisant, mais vraiment, c'est un "motif" usé, typique de beaucoup de romans policiers, un "truc" tant lu et trop relu, dont on aimerait sincèrement être débarrassé. Il faudra trouver autre chose désormais pour évoquer les violences infligées aux femmes et souvent, ce qui est suggéré sans être explicité s'avère tout aussi terrifiant dans l'imagination du lecteur.


BMR
7
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le 6 févr. 2026

Critique lue 22 fois

Bruno Menetrier

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