4 nouvelles :
1 - Le Téléphone de Mr. Harrigan : Craig, un jeune garçon, développe une relation particulière avec le très vieux Mr. Harrigan. Il lui offre un téléphone portable, qui devient le lien entre le monde des vivants et celui des morts...
2 - La Vie de Chuck : Chaque individu contient un univers entier, avec les gens qu'il aime, les histoires qu'il a vécues. Et quand il s'éteint, tout cet univers s'éteint avec lui...
3 - Si ça saigne : une enqête de Holly Gibney, face à un nouvel "outsider"...
4 - Rat : Drew Larson, un écrivain en crise créative, fait un pacte avec un rat pour terminer son roman...
J'ai commencé par l'histoire de Holly et celle de Chuck.
3 - Si ça saigne - Holly Gibney est perturbée par l'image d'un journaliste, Charles « Chet » Ondowsky, qui vient de présenter un flash info suite à une explosion meurtrière dans un collège. Quelque chose dans l'apparence de cet homme la dérange et lui rappelle sa rencontre avec "L'Outsider". Mais Holly est une femme perturbée et elle ne peut pas faire confiance à ses ressentis. Elle décide alors de lancer une sorte d'appel à témoins pour trouver des gens qui auraient vécu la même chose qu'elle. Et elle obtient une réponse.
L'écriture de Steve est toujours aussi efficace et comme j'aime beaucoup le personnage de Holly, j'ai pris grand plaisir à suivre cette histoire. Elle se veut une suite de "L'Outsider" mais n'arrive pas à remporter pleinement le challenge. On sait que, et que et que, donc pas de vrai suspense. Elle est alourdie par la relation pénible que Holly entretient avec sa mère. Et je n'ai pas bien saisi les motivations de Barbara à intervenir de cette façon. Oui, elle s'inquiète pour Holly, mais de là à la pister ainsi... La fin est moyennement satisfaisante.
2 - La Vie de Chuck - Le monde est en train de glisser vers sa fin. Les accidents mortels se succèdent et les catastrophes avec. Marty est prof au lycée et observe cette déchéance avec une certaine bonhomie, qui l'étonne lui-même. Les chaînes ont cessé de diffuser, il n'y a quasi plus de réseau. Cependant, une annonce paraît sur un panneau publicitaire, ainsi que dans les médias qui fonctionnent encore : "Charles Krantz, 39 belles années ! Merci Chuck !"
Marty ne connaît pas ce Chuck et plaisante à ce sujet avec tous ceux qu'il croise, qui ont aussi vu l'annonce.
Très très belle histoire, beaucoup de douceur et de poésie dans ce texte. La scène de rue avec le batteur et les danseurs est formidablement écrite. Arrivée à la fin, j'ai fait : "Quoi ? Déjà ?" et ça, c'est un signe qui ne trompe pas.
P.S. : Je n'aime pas les créateurs qui ne peuvent pas s'empêcher de glisser dans leur oeuvre : on est dans la vraie vie. Non, on n'est pas dans la vraie vie. Je sais parfaitement que je suis dans un roman. Steve, les derniers ouvrages que j'ai lus de toi, tu l'as mis à chaque fois, arrête ça de suite !!
4 - Rat - Je ne peux décemment pas en dire du mal car je l'ai lue d'une traite et hop, endormie très tard. Toujours la faute à la trop belle écriture de Steve.
Drew est prof, marié, père de deux enfants. Il a écrit des nouvelles qui ont été publiées. Son désir profond est de parvenir à écrire un roman. Mais Drew a un gros souci, pas celui de la page blanche, au contraire, il a trop de mots dans la tête, trop de vocabulaire, et il cherche, dans l'instant de l'écriture, le mot exact, ce qui le noie complètement et le rend dépressif à chaque fois qu'il s'y essaie.
Quand lui vient une nouvelle idée de roman, Drew décide de s'isoler dans une cabane perdue dans la forêt. Ca fonctionne bien, au début. Très vite, le trop plein de mots lui envahit la tête. De plus, il commence à être malade et une tempête se profile à l'horizon. Sa femme le supplie de rentrer et Drew refuse. En pleine tempête et pris par la fièvre, il croit délirer quand un rat débarque et se met à lui parler.
J'ai aimé cette histoire, même si elle n'a pas grand chose d'original, pour le processus de création de Drew. J'ai beaucoup écrit moi-même jusqu'à 2005. Chaque auteur à ses techniques, ses rituels, ses difficultés. Je suis très friande de la façon de faire des autres. Et j'ai souffert avec Drew, même si je fonctionnais d'une toute autre façon qui m'évitait l'écueil de la page blanche. J'avais envie de lui chuchoter des mots rassurants et quelques conseils pour se détendre. Lui dire, comme il se le dit lui-même : "Arrête de te prendre la tête, laisse ça pour plus tard, continue."
Je ne pense pas que Steve parle ici de son propre fonctionnement en tant qu'écrivain. Il n'a jamais eu besoin de s'isoler. Il a des rituels immuables depuis des décennies, qui ont évolué avec les technologies et ses enfants qui ont grandi. Et Steve a eu un énorme trésor avec lui, depuis le début, sa femme, Tabitha. Ainsi qu'une imagination pleine d'histoires différentes sur lesquelles il peut se défouler quand son roman du moment lui échappe.
1 - Le Téléphone de Mr. Harrigan - C'est l'histoire d'une relation entre le très jeune Craig et le très vieux Mr. Harrigan, avec une pointe de fantastique qui me semble anecdotique. Car tout tourne autour de l'iphone 1 que l'enfant offre au vieux bonhomme. Mr. Harrigan refuse d'abord, il n'en voit pas l'utilité, mais quand Craig lui montre qu'il peut accéder aux cours de la bourse en temps réel, le papy n'en croit pas ses yeux et pose la question qui tue : pourquoi est-ce gratuit ?
J'ai moins aimé cette nouvelle, mais j'ai vu le film plusieurs fois et j'étais bien rentrée dedans, adaptation plutôt respectueuse il me semble. Le sujet ne casse pas trois pattes à un canard. Pauvre canard.
Edit mai 2026 : sur la question concernant un éventuel Chuck bien réel https://club-stephenking.fr/deces-chuckverrill