Les recueils de nouvelles ne sont généralement pas ce que je préfère. Soit parce que le niveau est inégal, soit parce que le format, trop court, laisse une impression d’inachevé.
Avec seulement quatre nouvelles, Stephen King parvient pourtant à trouver un équilibre intéressant. Le rythme est soutenu, les récits sont suffisamment développés pour ne pas frustrer, et l’ensemble balaie une variété de thématiques qui donne de la cohérence au recueil.
On retrouve bien sûr des motifs déjà explorés par King. Rien de surprenant au regard de l’ampleur de son œuvre. Il ne s’agit pas ici de rupture, mais de variations, d’un auteur qui revisite ses obsessions avec l’expérience accumulée.
Le téléphone de Mr Harrigan nous replonge dans les débuts du smartphone. L’idée classique selon laquelle les objets finissent par nous posséder plutôt que l’inverse est bien exploitée. Le mélange entre fantastique et roman d’apprentissage fonctionne, même si la nouvelle reste, à mon sens, la moins marquante du recueil.
La vie de Chuck est sans doute la plus conceptuelle. Le fait d’avoir vu l’adaptation récente influence forcément la lecture, tant la comparaison s’impose. Le récit fonctionne à rebours et s’inscrit dans une forme d’écho avec notre époque, celle d’un monde qui se dérègle progressivement. Internet, l’électricité, les structures mêmes de la réalité semblent vaciller. Derrière cette idée, le propos reste plus classique. Nous sommes mortels, portons en nous un monde qui disparaît avec nous, et devons composer avec cette finitude.
Si ça saigne marque le retour de Holly Gibney dans une enquête teintée de fantastique. On retrouve une structure proche de L’Outsider, avec ce mélange d’investigation et d’élément surnaturel. La nouvelle, la plus longue du recueil, permet de suivre l’évolution du personnage. Holly poursuit son émancipation, dans une forme de roman d’apprentissage, mais transposé à l’âge adulte. Il ne s’agit plus de devenir, mais de se construire autrement, de s’affirmer, de se définir par ses choix et de faire la paix avec soi-même. En toile de fond, une réflexion sur le rôle des médias, attirés par le sang et le malheur, parce que c’est ce qui capte l’attention et fait vendre.
Le rat est, pour moi, la plus réussie. On y retrouve un thème cher à King, celui de l’écrivain confronté à la création. Comme dans Shining, La part des ténèbres ou Sac d’os, il explore les tensions entre inspiration et destruction. Le pacte faustien au cœur du récit rappelle que l’on ne gagne jamais vraiment dans ce type de marché. Ce qui frappe ici, c’est aussi cette idée que l’écriture répond à un besoin presque compulsif de se raconter une histoire à soi-même, de vouloir en connaître la fin. Le meilleur moment reste celui où l’idée est encore intacte, avant qu’elle ne se transforme en une traduction imparfaite sur la page. On peut d’ailleurs lire cette nouvelle de deux manières, soit par son intrigue, comme un récit fantastique classique autour d’un pacte et de ses conséquences, soit par sa thématique, comme une réflexion sur l’acte d’écrire, ses illusions et ses dangers.
Au final, le recueil offre une matière riche, qui pousse à la réflexion, même si l’ensemble reste parfois prévisible. King ne surprend pas toujours, mais il maîtrise suffisamment ses thèmes pour continuer à captiver.