C'est l'histoire d'une petite maison de bois sur son terrain triangulaire en bordure d'un chemin de fer, coincée quelque part entre la gare de Nyugati et le zoo de Budapest. Au-dessus de l'entrée on peut lire le nom d'Imre Mándy que le petit garçon du même nom contemple le cœur gonflé de fierté. Ce nom s'est transmis de père en fils depuis au moins cinq générations (enfin presque parce que le père d'Imre s'appelle Pál).
Nous sommes le 2 mai, et comme chaque année à cette date le grand-père s'est écroulé près de son rateau, assommé par la pálinka en chantant la même chanson triste.
Comme chaque année Pál et la sœur d'Imre, Agnès, l'ont porté dans la maison pour qu'il ne passe pas la nuit dehors croulant sous les déchets que ne manquent jamais de jeter chez eux les voyageurs des trains de nuit.
Comme chaque année Imre assiste à ce spectacle sans comprendre. Il ne sait pas de quoi sont habités les silences, il ne connaît pas les méandres de ses racines, il ne sait pas qu'une maison peut étouffer, isoler, vampiriser ceux qui l'habitent. Il sait juste qu'il déteste ces gens assis dans ces trains, pour qui il n'est rien et à qui il prête milles aventures passionnantes. Il déteste cette gare qui avale ses parents le matin pour les recracher le soir. Il a la vie devant lui et nous ces quelques 250 pages pour comprendre ce qu'elle lui apprendra de lui-même et de son histoire.
Alice Zeniter m'a séduite dans ce qu'elle a su capter de ce que le poids de l'Histoire et de la réalité géographique d'un lieu font peser sur ses habitants. Elle parvient avec talent à en extraire l'essence tout en la diluant dans la banalité humaine qui nous habite tous. Mais soyez bien avertis de la météo : le titre ne ment pas. Si la grisaille et le poids des non-dits ne vous effraient pas, descendez à la gare de Nyugati, choisissez une heure creuse pour remonter les rails vers la petite maison de bois près du transformateur électrique. Imre vous y attend. Bientôt, vous saurez tout des Mándy.