L’adolescence est une période de passage, et il me semble que c’est ce que Vincent Almendros a voulu appuyer dans son roman.
En effet, le puzzle de Toucan inachevé fait écho à l’incomplétude de Quentin, que ce soit sur le plan émotionnel et affectif (sentiments ambivalents à l’égard de sa mère et de Chloé) ou physique. Il ne sait pas toute la vérité sur la mort de son père, et ne peut donc comprendre autrement que par une forme de mysticisme (que partage sa grand mère) la venue de celui-ci dans sa chambre la veille de son « accident ». Plusieurs images dans le livre tendent à exprimer cette idée, outre le puzzle : le temps orageux, prêt à exploser, le poisson qui, avant d’être passé sur le grill, semble entre la vie et la mort, les chatouilles qu’il fait à sa cousine, qui ne sont plus tout à fait un jeu.
La mélancolie plane aussi sur l’ensemble du récit, symbolisée par la figure du grand père. L’atmosphère est lourde, et on redoute que Quentin explose complètement. L’orage gronde.
Mais quand celui-ci éclate, il emporte avec lui ses nuages et semble enfin laisser place au printemps. Quentin a compris, et va pouvoir devenir adulte : il devient celui qui aide Chloé à faire ses devoirs.
Le style est résolument moderne, épuré. Certaines images sont sidérantes, parfois violentes. Je pense notamment à la description du poisson, ou encore à l’attaque des fourmis volantes. Des scènes dures, comme l’altercation entre Quentin et Chloé près du cheval, côtoient des scènes tendres et parfois très touchantes, comme celle du grand père, trop affecté par la mort de son fils pour se confronter à des photographies. Cette alternance donne du rythme au récit, et rendent bien compte du tourbillon émotionnel dans lequel Quentin est embarqué.