Une descente sous psychotropes qui m'a laissé à quai
J'avais beaucoup d'attentes envers Substance Mort. Philip K. Dick est un auteur dont les idées ont profondément marqué la science-fiction, et ce roman est souvent présenté comme l'un de ses plus personnels. Malheureusement, malgré son importance et son propos, la lecture a été une véritable épreuve.
Le principal obstacle est la narration, volontairement décousue et hallucinée. On passe de conversations absurdes à des scènes de surveillance, puis à des délires paranoïaques sans véritable fil conducteur. Je comprends que cette confusion est un choix d'écriture, destiné à nous faire ressentir l'état mental des personnages rongés par la drogue. Mais comprendre l'intention ne suffit pas à rendre la lecture agréable.
Les personnages m'ont également laissé de marbre. Ils passent une grande partie du roman à discuter pour ne rien dire, à répéter les mêmes comportements autodestructeurs ou à s'enfoncer dans leur propre confusion. Cette immersion dans un quotidien désespérant finit par devenir monotone plus que bouleversante.
Le récit prend véritablement son sens dans sa dernière partie, lorsque les différentes pièces du puzzle s'assemblent et que la tragédie humaine apparaît avec beaucoup plus de force. C'est là que l'on mesure toute la portée du roman : au-delà de la science-fiction, Dick raconte la destruction progressive d'un individu par l'addiction, la surveillance et la perte d'identité. La postface, très personnelle, est d'ailleurs l'un des passages les plus marquants du livre.
Mais ce dénouement ne compense pas, à mes yeux, les nombreuses longueurs qui le précèdent. J'ai souvent eu le sentiment que le roman privilégiait l'expérience de la désorientation au détriment de l'intérêt narratif. Une fois le message compris, il reste encore de nombreuses pages où j'ai eu l'impression de tourner en rond.
Je reconnais volontiers l'importance de Substance Mort, son caractère autobiographique et la sincérité bouleversante de Philip K. Dick. C'est un livre qui parle avec une grande authenticité des ravages de la dépendance et de l'effacement de soi. Mais entre l'intention et le plaisir de lecture, il y a un fossé que je n'ai jamais réussi à franchir. Plus fasciné par ce que le roman représente que par le roman lui-même, je termine cette lecture avec le sentiment d'être resté à distance du début à la fin.