Note : C'est mon premier Valérie Perrin. Je n'ai donc aucun point de comparaison.
Dans Tata, la narratrice (Agnès, la nièce) nous raconte la face cachée de la vie complexe de sa tante (Colette), une femme à l'existence simple, en apparence.
Pour ma part, l'idée de commencer le récit par le coup de théâtre du double décès de la tante, ça me va plutôt bien. L'idée de fil conducteur par le truchement des cassettes enregistrées par Colette, c'est une bonne idée. En somme, on est directement mis dans le bain du roman familial, avec un style ultra simple, sans prétention, on sait où on va mais on sent qu'on va prendre des chemins de traverses pour y arriver. Belle idée.
Là où ça se gâte, c'est que Valérie Perrin, à force de vouloir entremêler les vies de dizaines de personnages en les faisant tous transiter de force par Gueugnon, petite commune de la Bourgogne, finit par nous gaver d'un récit ultra forcé, où tous les mystères sont résolus à la fin sans laisser aucun zone d'ombre ni de questionnement pour le lecteur. On se perd dans les centaines de pages inutiles de ce roman multiple qui aurait eu plus de mérite à se concentrer sur une ou deux trames narratives sans faire des bons dans le temps à chaque chapitre. Pire, on se sent pris pour un imbécile, à devoir se taper des paragraphes à n'en plus finir à propos de l'histoire d'Agnès et de son ex-mari, tout ça pour que ça n'aboutisse nulle part. Et ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres, malheureusement.
C'est comme si l'auteur avait la conviction qu'il fallait des dizaines de personnages pour aborder des dizaines de thèmes. Comme si l'Homme n'était pas suffisamment complexe pour les faire tenir en une petite poignée de relations. Quel dommage, car les thèmes de la filiation (subie, fuie, choisie), du déterminisme de classe, de la reproduction sociale, c'est de la bonne matière première pour ce type de bouquins.
Le drame de Valérie Perrin avec ce livre, c'est qu'elle a conçu un roman en étoile avec Colette au centre du récit et Gueugnon en centre du monde. Alors que tout le monde sait qu'il suffit de faire confiance à Dali : le centre du monde, c'est la gare de Perpignan. Gueugnon, tu peux pas test, dsl.
Aussi, en mélomane et musicien, j'ai eu du mal avec les approximations au sujet de la musique classique. "C'était doux comme une sonate de Chopin", ok, première nouvelle. "Mes parents avaient joué les préludes de Bach" au violon et au piano. Hmm, lesquels ? Bref, quand on ne connaît pas son sujet, on se renseigne auprès de professionnels. Mais bon, c'est un aspect mineur que je peux pardonner, si on ne me donne pas un livre de plus de 600 pages à lire avec la moitié qui ne sert à rien. Ce que je ne pardonne pas, par contre, c'est d'avoir recours à des clichés rebattus qui vaudrait à un collégien de perdre des points en rédaction. Car oui, nous avons bien eu droit au merveilleusement kitch "mon coeur battait la chamade". Non mais sérieusement ? Là on me prend pour un teubé. C'est obligé.
Bref, dommage, car j'étais prêt à apprécier un roman familial (encore un...) au style simple en le prenant pour ce qu'il est, un simple divertissement, mais on m'a fait un peu perdre mon temps.
A noter cependant que la version audio sur Audible est excellent en termes de production. Au moins je n'aurai pas eu à m'esquinter les yeux.