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le 9 avr. 2016
SuivreMauriac est un grand pervers
On va faire court. Ne cherchez pas dans ce livre l’histoire d’une satire doloriste, vous seriez déçu : Thérèse ne mea-culpate jamais. Thérèse c’est Houellebecq avec mari et soutien-gorge, à une...
Un peu à la manière de Portrait de femme d’Henry James, Mauriac, qui se montre toujours plus attiré par les êtres obscurs que par ceux qui ruissellent de vertu, nous livre avec Thérèse Desqueyroux sa propre vision de la femme moderne.
On peut également penser, rétrospectivement, à L’Étranger de Camus. Thérèse est elle aussi une étrangère, étrangère à son mari, à sa famille, à son milieu bourgeois et parfois à elle même, puisqu’elle demeure incapable de nommer clairement ce qui l’a conduite au crime. Elle étouffe moins dans un désert landais que dans une forêt close, quadrillée de pins, où les propriétés, les maisons et les regards finissent par former autant de barreaux.
Le monde qui l’entoure est aussi stérile que cette existence tracée à l’avance. D’un côté, la bourgeoisie radicale et anticléricale de son père. De l’autre, la bourgeoisie catholique et conservatrice des Desqueyroux. Ces deux familles que tout semble opposer se rejoignent pourtant sur l’essentiel, la propriété, la préservation du nom et le respect des apparences. Thérèse elle même reconnaît avoir la propriété dans le sang. On ne s’arrache jamais complètement au milieu que l’on combat.
Comme dans Le Baiser au lépreux, le mariage ne conduit pas au bonheur, mais à un enfermement. Il unit des terres avant de rapprocher deux êtres. Bernard n’est pas véritablement un monstre, mais un homme banal, incapable d’imaginer une vie intérieure différente de la sienne. Entre eux, la communication devient impossible et le mariage une chaîne d’autant plus lourde que l’existence sociale de Thérèse se réduit presque entièrement à ses fonctions d’épouse et de mère. Elle refuse de disparaître dans la maternité comme les autres femmes de son entourage, sans encore savoir par quoi remplacer les rôles qu’elle rejette.
La grande force de Mauriac est de nous permettre de comprendre Thérèse sans jamais nous demander d’accepter son geste. Il ne la transforme ni en innocente ni en simple victime du mariage. Son crime reste en partie opaque, y compris pour elle. Il préserve ainsi toute son ambiguïté, entre aspiration à la liberté, orgueil, jalousie et puissance destructrice. Son portrait de la femme moderne se construit presque à rebours, à travers une femme qui refuse l’existence prévue pour elle, mais qui ne sait pas encore quelle autre vie inventer.
Le tout tient dans un roman court, dense et étouffant, porté par une écriture aussi sèche et brûlante que le paysage. La délivrance finale à Paris ouvre peut être une porte, mais rien ne garantit que Thérèse puisse réellement échapper à la prison qu’elle porte en elle.
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Créée
le 28 juil. 2026
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le 9 avr. 2016
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