Lester Ballard. Un enfant de Dieu. Un tueur en série aussi. Un homme qui survit pour vivre et inversement, un homme isolé dans la nature sauvage, dans les saisons cruelles d' une petite ville de l'est du Tennessee au début du 20 ème siècle. C'est un homme seul qui n'a des rapports intimes et privilégiés avec une personne que si la mort est passée par là. Cette vitre épaisse et opaque qui le sépare pour toujours des caresses intimes d'une femme.
Les rares fois dans le roman où ses semblables s'intéressent à lui, c'est au début pour lui soutirer sa propriété ou bien à l'hôpital à la fin pour qu'il rende des comptes à la justice improvisée d'une bande de chasseurs. Autrement il est ostracisé.
Certaines scènes marquent au fer rouge; la relation de Lester avec son fusil. C'est d'ailleurs le premier objet qu'il tente de sauver lors de l'incendie de la maison. La scène où Lester contemple l'éternel recommencement avec l'arrivée du printemps. Il est là et pour la première fois il a une réaction autre que la colère, il se met à pleurer. Parce que Lester quand c'est beau ou agréable il ne sait plus faire, il est finalement plus à l'aise dans la dureté de l'hiver, dans la lutte avec son environnement. C'est beau et terrible à la fois.
Et puis bien entendu le style visuel de l'auteur est louable. un style incisif et économe dans l'utilisation des mots mais toujours choisis avec justesse qui donne au récit une profondeur extraordinaire. La pertinence et la précision du verbe employé confère au roman un style unique mais souligne surtout la grande intelligence de son auteur. C'est comme si chaque mot avait été étudié et soupesé minutieusement.