Sur la dalle nous ayant laissé globalement sur notre faim, Fred Vargas nous devait une revanche cinglante. Elle se rachète en partie avec Une unique lueur, mais il faut se faire une raison : la magie de ses opus passés s'est un peu évaporée et ne reviendra peut-être plus jamais. Contentons-nous de ce qu'elle a à nous offrir dans cette nouvelle enquête de ce cher Adamsberg, qui commence pied au plancher avant d'emprunter parfois des chemins de traverse, mais c'est l'une des raisons pour lesquelles on aime Vargas, au même titre que pour ses trouvailles stylistiques, son maniement exquis de la langue française, sa fantaisie qui devient de temps en temps poésie et un humour appréciable, même si, ici, elle abuse un tantinet du comique de répétition. Un assassin récidiviste et esthète, puisque ne s'attaquant qu'à des femmes d'une beauté exceptionnelle, voici le genre d'individu auquel se confrontent Adamsberg et son équipe. Une sorte de tueur en chéries, donc, que de déductions acrobatiques en fulgurances inattendues, la police relie à Gérard de Nerval et à Lauren Bacall, aussi incongru que cela puisse paraître. Pourquoi pas, après tout ? Seul inconvénient vis-à-vis du suspense requis, il est assez facile de deviner rapidement qui est le meurtrier, à cause d'un indice canin, en particulier, complaisamment mis à notre disposition. Dès lors, il ne reste plus que le côté atmosphérique du roman pour trouver son bonheur et s'il y a quelques hauts, notamment dus au caractère pittoresque des personnages, il y a aussi des bas, à commencer par un épisode américain, assez laborieux. Pour résumer l'impression générale, disons qu'Une unique lueur est loin d'être ennuyeux, seulement redondant parfois, mais certainement pas à la hauteur des exigences élevées de lecteurs auxquels Vargas a eu la fâcheuse habitude de servir du caviar à longueur d'ouvrages.