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le 5 mai 2013
SuivreTuer la mère
Un livre écrit dans un français absolument superbe, traduisant à merveille une progression, un basculement, inédit et sans équivalent dans la littérature, de son narrateur à travers un monde fait de...
Cela fait longtemps que je sais qu'il existe un roman appelé Vipère au poing, que l'on considère comme un classique. Et que je n'avais jamais lu.
C'est donc chose faite.
Et voilà que "je découvre" (terme impropre s'il en est) le premier roman d'un auteur, un roman qui n'est pas exempt de maladresses encore, mais dont on ne saurait nier la grande force.
Un roman dicté par la colère.
A première vue, il s'agit de l'histoire d'un conflit entre Jean, dit Brasse-bouillon, et sa mère, la terrible Folcoche. Jean est le plus dégourdi des trois enfants : son frère plus littéraire cantonne sa rébellion aux mots, qu'il a l'art de trouver, c'est d'ailleurs lui qui contractera folle et cochonne pour donner son surnom à la mégère. Et enfin il y a le petit dernier, revenu de Chine avec la mère absente jusqu'ici, les deux premiers étant élevés par la grand-mère. Celui-là a droit à des indulgences, ce qui le transforme occasionnellement en mouchard, dont il a le tempérament.
Face aux humiliations, vexations, et terribles punitions et brimades dont Folcoche use et abuse, les trois enfants vont graver sur tous les arbres les initiales V.F., soit disant comme un rappel qu'il leur faut apprendre leurs listes de verbes français, mais secrètement cela signifie vengeance à Folcoche. Dérisoire vengeance, mais Jean compte aller plus loin. Bien plus loin.
La haine de Folcoche devient le centre de l'existence de Jean, au point que s'il est loin de l'objet de sa haine, il lui semble que tout est dépeuplé. Vipère au poing, commençant par Jean bambin tuant le serpent éponyme, une scène évidemment programmatique, est le roman de l'apprentissage de Jean. Un apprentissage perverti, où c'est la haine qui prime. Face à la monstrueuse Folcoche, il devra faire front, au risque de lui ressembler peut-être.
Concernant Folcoche, on peut trouver le portrait outré, tant elle ressemble en tous points à la méchante marâtre du conte de fée. Malheureusement, les faits divers d'aujourd'hui nous enseignent si besoin était qu'il existe ce genre de parent.
Un mot de plus toutefois.
Le lecteur d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. Lorsque sortit Vipère au poing, il fit un scandale qui assura une réputation sulfureuse à son auteur. L'ironie est de le voir trôner aujourd'hui en bonne place sur l'étagère des classiques. A le lire aujourd'hui, le portrait de Folcoche ne masque pas le fait que c'est la société entière qui en prend pour son grade.
Et si ce portrait sociétal expliquait le comportement de Folcoche? J'écris expliquait, et non justifiait, et entre ces deux termes il y a un monde.
Une phrase du livre peut laisser penser que Folcoche ne fait que transmettre ce qu'elle a elle-même vécu. Mais surtout, imaginons : Folcoche, plus masculine que féminine (c'est le livre qui le dit lui-même), grandit alors dans un monde où il faut devenir femme, et ne le devient jamais. Qui sait quelles furent ses frustrations? Quelles brimades vécut-elle?
On notera également que le roman vieillit très bien. Le sujet n'y suffit pas. Que vaut un bon sujet si l'écriture n'est pas à la hauteur? Mais Vipère au poing, avec sa narration pleine d'humour et ses mots d'auteur parsemant le roman, reste tout à fait agréable à lire, malgré la noirceur du sujet.
Il a bien mérité sa place sur l'étagère des classiques.
Dût Hervé Bazin s'en irriter.
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le 14 juin 2026
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