"Modère ton langage ou tu vas en apprendre long sur ta grand-mère !"

Débarquant totalement neutre - je n'avais pas lu le résumé, j'ai juste pêché ce livre dans une brocante et je savais que ça faisait parti des livres "à lire" - sur un "Doukipudonktan" qui met directement dans l'ambiance, j'ai d'abord été perturbée par les libertés de langages prises par l'auteur. Je me suis renseignée après sur la démarche, toujours est-il qu'habituée à voir les fautes, ce néo-français m'a fait mal aux yeux, avant de m'amuser.


Je tiens d'ailleurs à faire un aparté sur mon édition - Folio plus classique - qui utilise une police sans serif qui, si elle est la norme à l'écran, est fort peu confortable pour les longues lectures papier. Mais passons.


Raymond Queneau joue avec la langue, donc. Du langage châtié de Zazie au discours soutenu en passant par le parlé populaire, on a droit à tous les registres et un bon paquet de néologismes. Le mélange passe bien une fois qu'on y est habitué et l'ensemble, très théâtral car riche en dialogues, est plaisant à lire. J'ai adoré le passage où ces questions sur la langue virent à l'absurde :




  • M'autorisez-vous donc à de nouveau formuler la proposition interrogative qu'il y a quelques instants j'énonça devant vous ?

  • J'énonçai, dit l'obscur.

  • J'énonçais, dit Trouscaillon.

  • J'énonçai sans esse.

  • J'énonçai, dit enfin Trouscaillon.



On visite Paris avec Gabriel et Zazie, un Paris bien à eux car son quotidien à lui l'empêche de s'intéresser à l'histoire de la ville. Il fait un piètre guide touristique, confondant les monuments qu'il veut montrer à sa nièce qui n'en a heureusement rien à faire puisque ce qu'elle veut, c'est prendre le métro. Le reste, « mon cul ! », qu'elle dit.


L'histoire est agrémentée d'intervenants rocambolesques, d'un perroquet qui devient un personnage à part entière tant il prend de place - plus que d'autres - dans le roman. Les situations plus ou moins réalistes qui s'enchaînent d'une manière improbablement naturelle ou naturellement improbable, c'est selon. L'on ne saurait dire qui de Gabriel ou de Zazie devient le personnage principal tant leurs histoires s'emmêlent, et si l'on veut savoir ce qui va arriver à la petite et si elle va - enfin - prendre le métro, l'on s'interroge aussi sur les mœurs soupçonnées du charmant tonton.


Sur ce point Zazie est, je trouve, particulièrement bien écrite. La gamine entend un mot, "hormosessuel" et comprend très vite, sans savoir ce qu'il veut dire, que ce mot dérange son oncle. Alors elle n'aura de cesse de l'interroger à ce sujet, pour savoir si oui ou non c'est un hormosessuel, le sens du mot n'étant pour l'enfant que secondaire. C'est parce qu'il ne veut pas répondre clairement, ou que d'autres s'en mêlent et disent l'inverse de Gabriel que l'enfant insiste. Et ça, c'est bien un truc de gosses, de mettre le doigt sur le truc qui dérange !


Dévorée malgré un sans-serif totalement inapproprié, cette peinture tantôt réaliste tantôt rocambolesque de la vie parisienne d'après-guerre m'a beaucoup plu.

Nomenale
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le 20 août 2015

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