Début 1992. En pleine émission de Bernard Lenoir, la radio crache Dress de PJ Harvey. Un morceau donnant le sentiment de ne devoir rien à personne, de n'être influencé par personne. Comme chez un autre artiste dont elle finira par croiser la route (Nick Cave), il y a la puissance primitive du Blues, son esprit plus que sa lettre. Mais là où Cave est à la fois un conteur dans le sens Johnny Cash du terme et un artiste qui commente ce qu'il raconte, aucun contrepoint distancié chez PJ Harvey, zéro filtre intellectuel. Dress se demande si une femme doit s'habiller pour plaire à un homme ou se plaire mais il le fait dans le feu de l'action, sans chercher la grande théorie. La seule chose que le morceau doit à son époque, c'est ses alternances calme/tempête vues chez les Pixies puis Nirvana (et plus tard chez Radiohead), sans jamais évoquer directement le groupe lynchien de Boston ni les chemises à carreaux. De même que la raideur rythmique ne fait jamais penser directement à Moe Tucker et au Velvet Underground. Sans culture en rock indépendant, je me souviens encore de l'effet de la découverte des Smiths par accident : le sentiment que les Mancuniens faisaient du Rock comme si leur vie en dépendait, un peu comme l'acte de filmer était vital pour Fassbinder. Dress n'est pas très loin de cela : interpréter quelque chose comme si la vie de celle qui l'a composé en dépendait. L'album Dry confirmera et PJ Harvey durera en choisissant une discographie en lignes brisées plutôt que de reproduire ce qui ne pouvait l'être : la fougue et la belle inconscience de la jeunesse, de la première fois. Coup de tonnerre dans le Rock anglais, Dress est une date parce qu'avant ce morceau il était question du côté de Rock de se demander qui serait la nouvelle Patti Smith. Il sera désormais pour un certain temps question de se demander qui serait la nouvelle PJ Harvey.