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Je vais vous raconter une histoire. Il y avait encore quatre mois de ça, je parlais avec ce que je pourrais appeler un « rat de mangathèque » (vous savez, les vampires qui vivent dans leur chambre et qui fondent devant la lumière naturelle).J'étais un néophyte de l'animation japonaise à l'époque,et ma culture otaku se résumait encore aux Miyazaki et One Piece, ceux que tout occidental peut citer. Quand la discussion est passée sur les animés des années 90 et que mon ami fit porter Cowboy Bebop en culte, tout ce que j'ai trouvé à dire, c'est que je ne connaissais pas. Il m'a alors regardé comme si j'avais tué quelqu'un, et, après trois cent dix-sept arguments et deux menaces de mort, il m'a supplié d'aller voir cette série. 
Ce fut le lendemain soir que je me pliai à ses ordres et que je regardai le tout premier épisode. Et vous savez quoi ? Je me suis fait chier en le regardant. Oui, c'est possible. Alors, au moment même où le générique de fin commençait, j'ai éteint mon ordinateur.
Mais les jours qui suivirent furent ceux de questionnement. Et si je jugeais un peu trop vite ? Et si je passais à côté de quelque chose de génial ? C'est au terme de ce genre de questions très contemplatives (oui, c'était les vacances d'été, donc j'avais pas grand chose d'autre à faire,hein) que j'y suis revenu, à tâtons, et que j'ai regardé l'épisode qui suivait.
Et le reste des épisodes est passé comme un TGV en pleine campagne. Trop vite, même. Cowboy Bebop est une série qui m'a pris par le col à l'improviste, m'a secoué comme un mojito en me hurlant « mais qu'est- ce que tu fous de ta vie ? » et m'a laissé sur le trottoir avec la joie dans les bottes et des questions plein la tête. Je vous jure qu'après ça, j'ai fait une cure de deux semaines du reste des animés japonais parce que j'avais l'impression de ne pas pouvoir regarder quelque chose qui y soit ne serait-ce qu'un peu comparable (mais j'ai guéri de ma dépression maintenant, alors je peux regarder plein de merdes fraîches venues du Japon sans m'offusquer).

Mais, au juste, pourquoi Cowboy Bebop est-elle une si bonne série ? Qu'est ce qui la différencie des autres séries japonaises ? Mon argument (pas du tout objectif et probablement avec des spoilers) tient en trois points :

Premier point supra-important : la musique. Yoko Kanno a puisé partout dans son inventaire musical (jazz, blues, folk, trip-hop) pour offrir à la série une bande son qui met la barre très haut. Shin'ichirō Watanabe avait expliqué que, durant la production de la série, le budget consacré à la bande son avait explosé devant l'insistance de la compositrice. Bien lui en a pris. Au delà des génériques de début et de fin, Kanno nous a aussi pondu plusieurs pépites qui nous embarquent dans un trip cosmique, comme Space Lion, Gotta Knock a little harder, Rain, Green Bird ou Memory. Mais le génie ici est l'insertion de cette bande son dans l'univers. Bizarrement,on pourrait s'attendre à ce que la différence entre la musique et l'univers ne crée un décalage et que la musique finisse par prendre le pas sur la série. Et c'est vrai que mélanger du blues et du jazz à un space opera, c'était osé pour l'époque. Mais l'utilisation judicieuse de la musique a évité ce décalage, et elle a si bien servi la série que les scènes déjà géniales sans la bande son deviennent quelque chose encore au dessus (mais on a pas de mot suffisant dans notre si belle langue française.)
Bon, j'arrête de pérorer. Revenons sur le deuxième argument : l'histoire. Cowboy Bebop, série de 24 épisodes créée en 1998, raconte l'histoire, en 2071, d'un univers dans lequel l'Homme a créé des gigantesques portes dans l'espace pour voyager à travers les galaxies, que l'on appelle les Gates. Mais l'installation de la Première Gate ne fut pas vraiment un franc succès. La cause ? Oh, juste la destruction de la moitié de la Lune, dont les restes s'écrasent constamment sur notre Terre, devenue quasi-inhabitable. Ayant quand même un peu envie de sauver son cul, l'Humanité s'est dispersée aux quatre coins de l'Univers, de Titan à Ganymède. C'est dans cet univers que l'on retrouve, dans un vaisseau nommé le Bebop, quatre personnages s'exerçant à la chasse à la prime : Spike Spiegel, ancien bandit qui a quitté son gang pour vivre pleinement avec sa bien-aimée, qui ne l'a pas rejointe, Jet, dit Black Dog, un ancien flic qui a quitté un monde corrompu, et propriétaire du Bebop, Faye Valentine, une séduisante jeune femme amnésique qui accumule une dette colossale, et enfin Ed, une jeune hackeuse de génie totalement déjantée et qui est à elle seule le ressort humoristique de la série (eh oui, c'était une femme, désolé pour la réécriture de la jeunesse de certains). Ces quatre-là, accompagnés du Chien Savant Ein, composent une bonne partie de la série. On les accompagne ainsi dans des épisodes qui les impliquent soit en tant que groupe, soit en tant que personnage particulier de l'équipage dont une partie de son histoire nous est dévoilée.
Et cette présentation des personnages fait mon argument : on peut les **comprendre**. Pas obligatoirement les apprécier, mais comprendre leurs problèmes, et leur attachement particulier au passé. Cette présentation évite ainsi l'erreur dite *One Piece*, c'est à dire la technique « je vais bourrer l'épisode de flash-back tristes pour prendre les péons en pitié ». Bizarrement, c'est parce que ce passé n'était pas trop poussif que j'ai encore mieux aimé la série. Par contre, l'antagoniste principal de la série,Vicious, m'a laissé de marbre tant il est le cliché du Mal. Je sais que sa rivalité avec Spike n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît, mais si j'en fais un jugement immédiat, Vicious n'est pas un antagoniste principal que je retiendrai comme le plus original.

Et enfin, le dernier argument, mais probablement celui qui a le plus de poids ; la philosophie de Cowboy Bebop. On est en 1998 ; on est donc pas encore dans l'erreur qu'est l'animé moderne (dixit Miyazaki-sama) où les 95 C sont la préoccupation métaphysique des personnages. Ici, Cowboy Bebop nous propose de réfléchir sur la plupart des aspects de notre vie, en particulier le rapport au passé : sa réflexion est justifiée par tous ces épisodes qui nous montrent les facettes de chaque personnage. Dans Cowboy Bebop, c'est le passé qui construit les personnages : ils ne sont au final que les résultats des causes et des problèmes qui nous sont expliqués. À certains moments, le passé semble devenir mélancolique avec Spike, ou plus ou moins douloureux avec Jet, ce qui créé le caractère de chacun et permet de les appréhender.
Mais pourtant, devant la tentation facile du « le passé c'est du passé, faisons face au présent », la série ne se laisse pas faire et montre que le passé est ce qui nous permet de nous construire, prenant un contre-exemple : Faye. Cette jeune femme, amnésique, ne sait pas d'où elle vient. Elle est déconnectée de son passé, sans aucun souvenir, elle ne connaît presque personne et presque personne ne la connaît. Puisqu'elle ne sait pas d'où elle vient, elle ne sait pas où elle va, vivant sans but et dans le cynisme le plus total. Elle erre dans l'espace, errant aussi dans un espace béant qu'on appelle le passé, autrefois plein de souvenirs qu'elle voudrait retrouver. Dans un épisode en particulier, on le comprend, avec la cassette qui lui est destinée et qui la montre, plus jeune, et souriante. Le contraste entre la jeune Faye et celle que nous connaissons, inexpressive devant la vidéo comme sous le choc de se découvrir soi-même, n'est pas seulement le fait du passage du temps, qui perd les gens dans le cynisme et la méchanceté: elle est aussi une incompréhension de Faye devant quelque chose dont elle ne peut pas se souvenir : son propre passé semble lui être étranger. Si Faye va momentanément quitter le Bebop pour la Terre, c'est justement parce qu'elle a décidé d'enquêter sur son passé : elle a un endroit où aller.
Le dernier point est cependant : une fois notre passé pris en compte, qu'est-ce qu'on en fait ? La série dit en sous-texte : le passé, il faut l'accepter et le combattre : cela permet de s'accepter tel que le passé nous a fait sans pour autant être contraint par ce passé comme un boulet aux pieds.

Jet et Faye sont libres de leur passé après l'avoir combattu, sans signifier qu'ils ne le renient. Spike, en revanche, n'a pas cessé de fuir son passé ; sans pouvoir résoudre ses problèmes, il a fini par s'asservir à un passé qu'il ne peut pas régler ; c'est pour cette raison qu'il en paye les frais, parce que personne ne peut infiniment fuir son passé.


Certains très jeunes qui ont vu la série en question n'ont pas compris ce que voulait délivrer la plupart des messages de la série (il y en sûrement d'autres, mais j'étais plus inspiré d'écrire sur le rapport au passé). C'est justement ça qui rend Cowboy Bebop terriblement adulte : seuls ceux qui ont acquis une certaine maturité peuvent saisir le sens profond du message. C'est pour cette raison que cette série mérite largement un 10 bien beau bien propre : elle est devenue un pilier de l'animation japonaise, à la fois marqueur des années 90 et aux prétentions intemporelles. 
Critique_du_dimanche
10

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