It's a-me, Marionnette !

Avis sur Dark Crystal : Le Temps de la résistance

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Il n’y a que moi qui pense au plus célèbre des plombiers italiens chaque fois que le Chambellan de Dark Crystal : Age of Resistance ouvre le bec ? Enfin, au moins le frère de Luigi ne ponctue pas chacune de ses phrases d’un râle qui donne l’impression qu’on lui fait une gâterie… encore que, étant donné la profession des deux Transalpins, il y a forcément une parodie porno qui traîne quelque part !

Euh, hum, mais je m’égare : Dark Crystal : Age of Resistance, donc. C’est peu dire que j’attendais cette série de pied ferme depuis que Netflix et la compagnie de marionnettes de feu Jim Henson, l’un des réalisateurs du premier film, avaient sorti un teaser de nulle part voici deux ans. Si vous voulez en savoir plus sur l’affection que je porte au film de 1982, voici le lien vers ma critique (https://www.senscritique.com/film/Dark_Crystal/critique/183954111) mais je me contenterais ici de résumer en précisant que j’étais déjà un adulte lorsque je l’ai vu pour la première fois, ce qui ne m’a pas empêché d’être happé par son esthétique unique, à la fois trash et féérique, dont l’impression générale d’émerveillement qui en émane doit moins à son histoire (très basique, l’élu qui doit sauver le monde) qu’à l’univers fantastique créé par Jim Henson, Frank Oz et leurs marionnettistes.

Alors ressortir cet univers de derrière les fagots, presque quarante ans après sa sortie et trente après le décès de son co-créateur, a en apparence tout du cash-grab, surtout eu égard à la frénésie actuelle pour les suites et remakes de produits cultes des années 80. Productrice de la série et fille du grand Jim, Lisa Henson n’en faisait pas mystère dans une interview récente, où elle admettait qu’avec le succès de Stranger Things sur la même plate-forme (mais elle aurait tout aussi bien pu mentionner Cobrai Kai, Blade Runner 2049, etc…), le moment paraissait plus que propice.

Est-ce à dire que Dark Crystal : Age of Resistance, en dépit d’un titre peu inspiré, succombe à la paresse en jouant purement sur la carte de la nostalgie ? Eh bien fort heureusement : non ! La série est basée sur la promesse d’un résultat digne des travaux d’Henson et Oz, à savoir une animation reposant quasi-entièrement sur les marionnettes, avec un minimum d’images de synthèse. De ce côté-là, DCAOR relève le défi, et même plus : c’est bien simple, la série est une pure merveille visuelle, incontestablement la plus belle baffe que j’ai reçue de ce côté de Kubo and the Two Strings. J’avais la bouche ouverte durant une bonne partie de mon visionnage, jusqu’à ce que ma mâchoire me lance.

De fait, les studios Jim Henson ont bien profité des progrès technologiques et des crédits mis à disposition par Netflix pour combler le manque qui avait à mes yeux coûté la note parfaite au film de 1982 : nous révéler le monde de Thra dans toute sa splendeur, au lieu de se limiter à deux-trois types de décors (certes très réussis), à savoir le palais du Cristal, des forêts et des montagnes. Tous ces environnements sont bien sûr de retour, avec plein de petits détails, pour le plus grand plaisir des fans, mais notre Louis Leterrier national nous gratifie en outre de nouvelles montagnes enneigées, cavernes luminescentes et autres déserts à la Mad Max qui font, pour de bon, entrer Thra dans la famille des grands mondes fictifs que sont la Terre du Milieu et Westeros. Alors certes, c’est un peu plus propret, à l’instar d’autres préquels, ceux de Star Wars, mais on ne va pas faire la fine bouche.

Donc voilà, pour ce qui est d’agrandir l’univers, la promesse est allègrement tenue. Et l’histoire, est-elle un peu plus élaborée qu’en 1982. Là aussi je réponds par l’affirmative. Attention, ce n’est pas du GRR Martin ou du Terry Pratchett, d’autant que ça pompe gentiment sur les Borgs de Star Trek : Next Generation et sur le point de départ du comics Star Wars KOTOR, mais on se rapproche un peu plus d’un Frank Herbert, à savoir qu’on a affaire à des jeux de pouvoir entre Skeksis et Gelfings, tout en restant très abordable pour les enfants. Je mentirais toutefois si je disais que, l’aspect visuel mis de côté, j’étais aussi investi que j’ai pu l’être par la première saison de Game of Thrones.

La principale raison de cette mini-réticence tient essentiellement aux personnages, j’en ai peur. Comme il s’agit d’un préquel se déroulant longtemps avant l’âge sombre du film, les gentils Gelfings sont légions, et composent la majorité du (très gros) dramatis personae, au lieu des deux zigotos de ’82. Mais au risque de passer pour un raciste… tous les Gelfings se ressemblent. Ne nous y trompons pas, les marionnettes sont très belles, mais enfin soyons sérieux, quatre des cinq personnages principaux sont des blondes qui ont peu ou prou la même tronche ! Du coup, tous paraissent plus ou moins interchangeables, surtout lorsque le scénario les fait courir à droit à gauche sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.

Ce n’est certes pas la faute du casting, qui est tout simplement renversant, surtout pour un geek comme moi : on a là des vétérans de Star Wars (Mark Hamill, Simon Pegg, Hannah John-Kamen), d’Harry Potter (Helena Bonham-Carter, Jason Isaacs, Toby Jones), de Kingsman (Taron Egerton, Mark Strong), de Game of Thrones (Nathalie Emmanuel, Lena Headey, Natalie Dormer)… et le légendaire Ralph Ineson, qui est apparu dans toutes les franchises susmentionnées ! Ajoutez-y Anya Taylor-Joy (The Witch, toujours avec l'omniprésent Ineson), Alicia Vikander (Tomb Raider), Caitriona Balfe (Outlander) ou encore Benedict Wong (Doctor Strange) et je crois pouvoir dire qu’on a l’un des plus beaux castings de la télévision de ces dix dernières années.

Il est donc un peu malheureux que les parts du gâteau ne soient pas forcément très bien réparties entre eux, puisque les Skeksis électrisent littéralement l’écran chaque fois qu’ils apparaissent. Non seulement parce que leurs acteurs sont plus âgés et peuvent se faire plaisir, mais aussi parce que leurs personnages sont les plus intéressants et les plus divertissants, tandis que leurs marionnettes sont, comme dans le film, les plus réussies car les plus expressives tout en étant les plus complexes ! J’aimerais pouvoir dire que les lonnnnngues séquences de dialogues entre Gelfings étaient aussi satisfaisantes, mais c’est loin d’être le cas…

Les marionnettes montrent leurs limites lors des scènes d’action et il y a un nombre effarant de coïncidences et facilités, mais le spectacle est au rendez-vous. Dark Crystal : Age of Resistance n’est peut-être pas LA série qui révolutionnera l’après-Game of Thrones, mais c’est incontestablement du très beau travail, fait avec amour et passion pour récompenser les fans du film originel tout en ayant assez à offrir pour s’en attirer de nouveaux, petits et grands. Alors comme le Chambellan, je souris, hoche la tête et dis : hmmmmmmh de plaisir. Vivement la saison 2 !

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