All is lost. Lost is all.

Avis sur The Leftovers

Avatar Kiwiwayne Kiwinson
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Tour à tour agaçante et bouleversante, « The Leftovers » est, en prenant du recul, une série centrée sur un microcosme d’âmes tourmentées, abordant avec acuité de nombreux sujets complexes, dérangeants et philosophiques. Forcément, le feuilleton ne manque pas de déstabiliser, tant il comporte plusieurs degrés et niveaux de lecture, car Damon Lindelof est ici bien plus proche du cadre dramatique de « Six Feet Under » que de la surenchère de « Lost », incorporant à sa création sa marque, lyrique et romanesque. Dissection d’une société consumée après la disparition soudaine de 2% de la population mondiale, « The Leftovers » met en exergue des personnages dominés par leurs émotions, en total perdition face aux mutations de leur environnement. Refusant constamment le spectaculaire pour s’imposer comme une introspection irrévérencieuse, « The Leftovers », métaphore de l’homme confronté à la peur, met en abyme des protagonistes devenant étrangers à leur propre monde.

Si « The Leftovers » dispose d’une extraordinaire sensibilité, c’est parce que c’est une œuvre débordante d’humanisme et d’amour. C’est une série très brève, se composant de trois courtes saisons nous emmenant aux quartes coins de nos émotions, réveillant le souvenirs pour mieux capter notre avenir. Il y avait pourtant de quoi avoir peur : les premiers épisodes laissaient attendre une série mystérieuse, voire mystique, ressuscitant les blessures de « Lost », pour finalement mieux laisser paraître une peinture métaphysique comme on en voit rarement sur le petit écran, plus contemplative qu’addictive. Il s’agit là d’une série nous plaçant face à nos angoisses existentielles : le deuil, l’autodestruction, la folie, pour mieux nous faire comprendre qu’elles sont toutes partagées. Rajoutez à cela le merveilleux travail de Max Richter à la bande original, ainsi qu’une réalisation soignée, et vous obtenez une série qui, au fil des épisodes, ne se contente pas d’être marquante, mais cherche plutôt à devenir importante.

Ironiquement, « The Leftovers » parle de l’apprentissage de la vie en l’absence d’un être cher, alors que parallèlement, il est plutôt difficile de faire le deuil de cette série, atteignant justement son apogée lors des deux derniers épisodes de la saison trois, illustrant plus que parfaitement son propos : nous sommes tous seuls, et cela est irréversible. Un message funèbre posant une question : croire, ou ne pas croire ? Croire que Kenvin Garvey, policier schizophrène, est le messie ? Croire que Nora Durst a réellement visité le monde des disparus ? Toute la philosophie de « The Leftovers » est là, car, in fine, ces questions, comme leurs réponses, n’ont aucune importance, aucune raison d’être. Parce qu’il est facile de croire, même en sachant que le mensonge est nécessaire. C’est à cet instant que la série ouvre réellement les portes du vertige : l’important, ce n’est pas la vérité, mais notre vérité. Tempête d’émotions relatant l’impossibilité de vivre, « The Leftovers » ne nourrie jamais une quelconque forme de frustration, même si il lui arrive de se faire rattraper par sa facette inextricable, absconse, et ses nombreuses symboliques excessive, ne résistant pas à une tentation de jouer les petits-malins.

Difficile d’apprécier cette série qu’il est pourtant inconvenable de détester. Arnaque géniale, chef-d’œuvre torturé. Quoiqu’il en soit, « The Leftovers » passe désormais en bonne place parmi les séries les plus marquantes de cette décennie. Grossièrement, il s’agit d’une version plus mature, mieux calibrée de « Lost », créant également une sidération sur la durée. Cette œuvre nous cloue au siège, via sa puissance, sa grandeur et sa profondeur. Un pur régal d’intelligence et de tension dramatique. Parce que l’âme humaine n’a pas de finalité. Insondable.

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