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Il est difficile d'être un adulte

Avis sur Westworld

Avatar Presidentus
Critique publiée par le

Westworld, c'est une formule magique, un entrelacs de scénarii et d'intrigues, enfin plutôt un amoncellement, là où il s'agit de perdre le spectateur plutôt que de le faire réfléchir. Pas vraiment une dystopie, pas vraiment une vision de l'avenir, la série patauge la plupart du temps dans l'à peu près et le vague.

C'est dans ce monde que règnent la pseudo-complexité et la fausse profondeur, pour être complaisant envers le spectateur intelligent qu'est l'homme de 2016. Sitôt qu'on laisse retomber l'enthousiasme, on oublie ces histoires à dormir debout, ce parc futuriste qui rend bien, pour se concentrer sur les seuls aspects mémorables de cette réalisation : un scénario indigent, des acteurs pas toujours très convaincants et une sérieuse impuissance à représenter des situations humaines. Disons-le : les réalisateurs de Westworld ont fait beaucoup d'effort pour évacuer toute cohérence humaine au profit d'une histoire à rebondissements. Encore eut-il fallu donner de la profondeur aux personnages, qui en manquent cruellement.
C'est l'écueil habituel dans lequel tombent toutes ces productions à succès : pousser l'histoire pour éviter d'avoir à se concentrer sur la seule chose qui importe pour un spectateur attentif : les personnages; les hommes.

A croire qu'un ordinateur aurait fait mieux...

S'il n'y avait eu que cela pour alimenter le moulin de mon scepticisme...
Mais voilà, tatillon que je suis, des choses me dérangent, me démangent : comment ce monde du futur, ce Westworld, avec ses trains futuristes, son impression 3D ultra-perfectionnée de robots à l'intelligence artificielle très perfectionnée; comment se fait-il que ce monde du futur comporte autant d'enjeux du présent ? On doit évidemment cela au manque d'imagination des scénaristes et réalisateurs. S'il y eut une quelconque volontiers de présenter un monde réaliste alors les scénaristes n'auraient pas choisi dans le futur les innovations et les bouleversements qui les arrangent, eux et leurs intrigues branlantes.
Ainsi, il est interdit de s'étonner qu'à l'ère où l'IA parvient à tromper l'intelligence humaine - ou ce qu'il en reste... -, les scientifiques, ces nouveaux prêtres, ne soient pas parvenus à supprimer le vieillissement, et tiens ! pourquoi pas la mort elle-même ? Qu'en est-il des prothèses, puces et autres promesses d'amélioration que l'on peut déjà voir à l'oeuvre dans ce bien triste parc qu'on appelle planète Terre ?
Il est vrai que si l'on rajoutait ces gadgets de demain, il y a fort à parier que les histoires de Westworld s'en trouveraient quelque peu bouleversées, si ce n'est caduques; c'est le prix à payer pour faire du vrai.

Je n'en ferai pas une liste, je ne suis pas tatillon jusqu'à ce point - et puis qui dois-je convaincre ? -, parce que ceux qui ne seraient pas dérangés par les incohérences et les bizarreries de la série ne pourraient de toute façon rien comprendre à cela mais mais mais... Comment remplace-t-on autant de robots et de décors détruits en si peu de temps malgré la présence de clients dans le parc ? Vous me répondrez avec des arguments qui ne sont pas convaincants et suffisants (blocage du temps dans une parcelle précise du parc).
Comment explique-t-on, alors que l'on sait l'état actuel de la société, que notre bonne amie la prostituée parvienne à prendre en otages nos deux benêts de chirurgiens-bouchers sans même que la sécurité s'en aperçoive ?
Il y a des choses qui sont trop grosses, mais ça passe. Le spectateur ne s'étonne plus de rien, étant donné sa qualité de spectateur perpétuel d'un monde qui le dépasse et le broie. Alors qu'on lui fasse prendre des vessies pour des lanternes, il n'est plus à cela près...
Si on peut répondre par des subtilités à mes deux précédentes questions, en voilà une qui donnera plus de fil à retordre : n'est-il jamais arrivé qu'un nouvel arrivant tue un nouvel arrivant ? Comment, puisque robots et humains sont semblables, parviendraient-ils à faire la différence avant une volée de plombs ? A coup sûr, la fréquentation du parc deviendrait chose fort risquée et les déboires de ces visiteurs pourraient entraîner une fermeture définitive, un demi-dieu pouvant en tuer un autre... Mais sur ce point, aucun éclairage... Laissé en suspens comme tant de choses qui ne trouvent pas d'explications si ce n'est la lâcheté de la réalisation.

Ne parlons pas des 'problèmes philosophiques' abordés par la série, on tomberait vite dans le ridicule. D'habiles commentateurs découvriront de la profondeur à ce qui n'en a pas, mobilisant leur artillerie de penseurs de pacotille (Agamben...), mais peut-on réellement croire que Westworld a quelque chose à nous dire ou à nous montrer ? Westworld dit : dans ce parc où les hommes sont des dieux, ils peuvent assouvir leurs vrais désirs, révéler leur vraie nature sans aucune contrainte sociale. Ils sont libres mais, finalement, cette liberté est leur néant : comme rien n'est vrai dans le parc puisque tout est programmé alors les enjeux n'en valent pas la peine, les conséquences véritables n'affectant que les hôtes, ces robots au destin programmé, ces perdants d'avance. Le retournement a lieu quand on décide de faire rentrer ces robots dans le monde, ce qui se solde par un massacre, la revanche des robots.
Les visiteurs de longue date du parc ainsi que ses concepteurs semblent plus intéressés par les hôtes que par les autres visiteurs, aux actions tout aussi prévisibles quoique pas programmées (ce qui est pire, avouons-le). D'ailleurs, les robots sont joués par des acteurs, il est donc impossible de différencier physiquement un robot-acteur d'un visiteur-acteur. Dans ce futur il est d'ailleurs aussi impossible de différencier l'intelligence artificielle d'une intelligence humaine, cette dernière étant d'une prévisibilité et d'un manque de discernement à se faire dresser nos cheveux sur nos têtes pas encore lobotomisées. Et là où la série voudrait nous faire croire que les robots essayeraient de mimer le comportement des humains en multipliant les interactions sociales, il ne faut se laisser prendre au piège. A l'inverse ce sont bien plutôt les hommes qui de plus en plus miment leurs machines comme le dit très bien G. Anders dans l'Obsolescence de l'homme.

La série véhicule ce cliché progressiste qui a la dent dur (et l'esprit mou...) du dépassement des hommes par les robots, alors qu'il s'agirait bien plutôt de l'abaissement des hommes au niveau des robots, effroyable décadence qui est symbolisée par la perte de tout esprit critique, comme en attestent par excellence cette série et ses thuriféraires.

Non ! ces robots non rien d'humain, tout comme la pseudo-humanité qui joue avec. Tout cela ne sont que des machines ou des pitres qui jouent à la machine. Ces milliardaires qui vont assouvir leurs désirs dans un parc d'attractions d'un genre inédit ne sont-ils pas semblables à des enfants en quête perpétuelle de chimères...
Il est difficile d'être un adulte.

Terminons sur cette note comique et glaçante :
Sortir une série sur des humains du futur qui s'ennuient et qui vont dans un parc où même les hôtes sont plus humains qu'eux, à une époque où les humains du présent s'ennuient déjà tellement dans ce monde génial qu'ils ne trouvent rien de mieux que de vivre leur vie en séries (nouveau stade dans l'aliénation : passage de la vie en série à la vie en séries, nuance importante à une époque où il faut bien vendre des histoires incohérentes à ces hommes à la vie si cohérente, si triste et si ennuyeusement prévisible). On veut encore berner ces contemplateurs de séries, dont les héros mènent une vie plus humaine, en leur laissant penser que leur moi du futur ou même leur descendance quittera un jour le canapé pour descendre dans la rue et peut-être atteindre ce Westworld...

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