J'adore quand un plan (séquence) se déroule sans accroc...

Après Mon Petit Renne, l'année dernière, Adolescence s'impose en 2025 comme la nouvelle série phénomène de la plate-forme de streaming qui fait toudoum et qui, le temps d'une hype éphémère, n'est plus le grand Satan seulement capable de remplir ses canaux de "contenus" et de daubes dispendieuses pas bien comme le très caca The Electric State.


Vous avez sans doute déjà connaissance, avant la lecture de ce billet retardataire, du procédé utilisé et bien mis en avant par la promo et bouche-à-oreille savamment orchestrés autour du show : celui du plan séquence animant chacun des quatre épisodes de ce qui s'annonçait comme un thriller ou, à tout le moins, comme une enquête sur ce qui agite le monde des adolescents britanniques d'aujourd'hui.


Etrange de constater que l'on mette ce procédé si en avant, dès lors qu'il est de plus en plus épinglé, voire conspué, afin de dégoiser à peu de frais sur le réalisateur qui s'en empare et que l'on a dans le nez, et qui sera taxé, au mieux, de petit malin, et au pire, de roi de l'esbroufe.


Etonnant de constater que l'on puisse mettre ce procédé si en avant pour parler de Adolescence, alors qu'il ne fonctionne que par à-coups, enfin, aux yeux du masqué tout du moins.


Car si le premier épisode est absolument sidérant, dès lors que l'utilisation du procédé immerge de manière immédiate dans la tourmente vécue par cette famille sans histoire, et dans les premières minutes de l'affaire, de l'interpellation aux premiers interrogatoires, tout retombe malheureusement dès le deuxième épisode, dans un incroyable surplace scénaristique qui a de quoi interloquer.


Car ici, le plan séquence relève clairement de l'épate ou, plus précisément, du gimmick que l'on est un peu obligé de poursuivre, alors même que la tornade judiciaire est passée et que Adolescence quitte les environs immédiats de sa famille bousculée. Reste de cet épisode un terrifiant constat, celui d'un système scolaire à l'abandon et impuissant à assurer tant l'éducation que la sécurité des jeunes esprits qu'on lui confie.


Le troisième épisode, quant à lui, tutoie à nouveau les sommets, dans un face-à-face tendu et vertigineux, entre un suspect tout aussi angélique que suscitant l'effroi, et une psychologue déstabilisée par la froideur, les subits accès de colère et les allures encore juvéniles de Jaimie. Petit monstre de manipulation, de froideur, changeant de visage en l'espace d'un souffle. A la tornade cinétique de l'épisode inaugural, celui-ci préfère jouer sur le maelstrom des émotions contraires que le huis-clos de la salle d'entretien peine à contenir, tandis que l'oeil de la caméra passe d'un protagoniste à l'autre en soulignant les jeux de pouvoirs et leurs renversements.


L'épisode final, malheureusement, s'inscrit comme un nouveau demi-creux : si les émotions de la famille prennent à la gorge, avec la magnifique prestation de Stephen Graham, le plan séquence n'accompagne qu'un tout petit voyage un brin dérisoire, soulignant souvent ce que l'on peut déjà imaginer si l'on a ne serait-ce qu'un brin d'empathie.


Voilà comment s'est inscrit le voyage du masqué dans cette Adolescence : en dents de scie, et sauvé par la puissance de ce qu'il met parfois en scène, faisant que cette série mérite tout simplement d'être vue.


Mais, dernier défaut, l'orientation de cette Adolescence, qui ne montre du doigt aucun coupable, alors que ces derniers ne manquent pourtant pas, chacun à sa manière. Mais surtout, la série se montre assez simpliste dès lors qu'elle n'identifie clairement qu'une seule influence ayant poussé son suspect vers le pire. Les théories incels, à l'évidence nauséabondes, ne sauraient cependant expliquer complètement le pourquoi d'un drame atroce, mettant en lumière une personnalité trouble, angoissante, qui aurait pu tutoyer un autre ado criminel, celui proprement glaçant de We Need to Talk About Kevin. Soit une oeuvre qui réussissait mieux à marquer les esprits, à laisser sidéré devant l'inexplicable et une origine du mal que l'on peine à identifier.


Car dommage, tout simplement, que Adolescence se rassure autant, ainsi que son public sans doute, en fournissant des réponses définitives un poil trop faciles.


Behind_Faites des gosses_the_Mask.

Behind_the_Mask
7
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le 8 juin 2025

Critique lue 108 fois

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